Par Imen Abderrahmani
Le Festival national du théâtre expérimental vient de retrouver sa place dans le calendrier culturel tunisien, après des moments durs de report et d’hésitation, offrant au grand public l’occasion de célébrer le théâtre sous toutes ses formes.
Fondé en 1992 par feu Anouar Chaâfi, le Festival national du théâtre expérimental s'est imposé au fil des années comme un laboratoire de création et un espace privilégié de rencontres entre artistes. Les difficultés qu'il a connues ces dernières années ont fait craindre sa disparition, tant cette manifestation demeure un rendez-vous essentiel pour les praticiens du théâtre et les défenseurs de l'expérimentation scénique. De retour sur le calendrier, le festival, qui a démarré le 30 mai pour se poursuivre jusqu’au 04 juin, constitue un moment important pour la vie culturelle de la région et pour la scène théâtrale nationale, qui retrouve l'un de ses rendez-vous les plus singuliers, consacré à l’expérimentation, à l’innovation et aux nouvelles écritures.
L’ouverture a donné le ton de ce grand retour avec à l’affiche les « Fugueuses », production du Théâtre National Tunisien mise en scène par Wafa Taboubi, œuvre contemporaine majeure qui a remporté lors de cette saison de nombreuses prestigieuses consécrations telles que le Tanit d’or des Journées théâtrales de Carthage (JTC) et le Prix Cheikh Dr Sultan bin Mohammed Al Qasimi de la meilleure œuvre théâtrale arabe, lors de la 16ème édition du Festival du théâtre arabe.
Au programme
Pour ce soir, le public découvrira à 20h00, au Complexe culturel de Médenine, la pièce de théâtre « Rar », écrite, scénographiée et mise en scène par Ezzedine Béchir. Produite par la compagnie « Echtart » avec le soutien du ministère des Affaires culturelles, cette création explore la relation entre le comédien, l’idée et la scène à travers une réflexion sensible sur l’art, l’engagement et la condition humaine.
Pour demain, place à « Statue en pierre », écrite et mise en scène par Karim Achour. Produite par « Joker Prod », cette œuvre questionne les mécanismes de la propagande politique et la fabrication des mythes collectifs. L'intrigue se déroule dans une école des beaux-arts où la commande d’une statue célébrant un héros national provoque un affrontement entre vérité historique et récit officiel.
La musique et les expressions urbaines s’inviteront également au programme, confirmant la volonté des organisateurs d’ouvrir le festival à différentes formes d’expression artistique.
Le festival s’achèvera le 4 juin avec « Jacaranda », mise en scène par Nizar Saïdi et produite par le Théâtre National Tunisien. Véritable phénomène de la saison théâtrale 2025, cette création s’est imposée comme l'une des œuvres les plus remarquées en Tunisie et dans le monde arabe. Son parcours a été couronné par plusieurs prix, dont le Tanit de Bronze aux Journées Théâtrales de Carthage (JTC), et les prix de la meilleure mise en scène pour Nizar Saïdi, du meilleur texte pour Abdelhalim Messaoudi et de la meilleure scénographie remportés lors du festival « Les Saisons de la création ».
Il est à noter que parallèlement aux représentations, la manifestation accorde une place importante à la formation et à la transmission. Chaque matin, le comédien Ramzi Azaiez anime un stage intensif consacré à l’art de l’acteur, tandis que les après-midis sont rythmés par des rencontres littéraires et des séances de dédicaces avec Abdelaziz Ghezal, El Hedi Kacemi, Mokhtar El Ourghemi et Fathi Rahmani. Une table ronde dédiée à la créativité théâtrale et l’intelligence artificielle a bien marqué le démarrage de cette édition de relance.
Imen. A.

