Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
Retour à avant l’amendement de l'article 20 et quota pour les femmes au sein des instances dirigeantes y compris le bureau exécutif, telles sont les recommandations de ce congrès extraordinaire de l'UGTT qui s'achèvera aujourd'hui avec l'élection d'un nouveau bureau exécutif...
Les travaux du congrès extraordinaire de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT) s'achèveront aujourd'hui à Monastir avec l'élection d'un nouveau bureau exécutif. Mais la grande question est celle de savoir si la Centrale syndicale va sortir de sa crise et préserver son intégrité ou on se dirige vers une impasse qui mettra toute l'organisation en péril ?
A ce sujet, l'activiste et membre de l'Association internationale de défense des droits de l'homme et des médias, Rached Marhlouthi, nous a déclaré : " Tout dépendra de la composition du nouveau bureau exécutif qui devrait répondre aux attentes de tous les syndicalistes. L'on sait que la crise qui secoue l'UGTT depuis des années incombe en premier lieu aux actuels dirigeants. Alors, la base syndicale s'attend à un nouveau souffle de nature à rompre avec ces deux derniers mandats synonymes de dépassements et d'abus à tous les niveaux".
Et d'ajouter : " A mon avis, il faut passer le flambeau à une nouvelle génération et hisser la femme syndicaliste au premier rang de responsabilité. Ce qui n'est pas le cas puisque les congressistes ont voté pour un quota permettant une représentation restreinte des femmes au niveau du bureau exécutif. Cela étant, espérons tout de même qu'un consensus sera trouvé pour sauver l'organisation syndicale et lui redonner son prestige"
Les coulisses ...
En coulisses, les choses commencent à se clarifier concernant les listes et les alliances électorales. La première liste se présentant à l'élection au bureau exécutif est dirigée par Salah Eddine Salmi. Elle comprend plusieurs candidats, dont Othman Jlouli, Taher Barbari, Jibran Bouraoui, Salah Hamed, Selouane Smiri, Ahmed Jaziri, Slim Bouzidi, Fakhri Aouiti, Wajih Zaidi, Samia Hajji,
Nahla Sayadi, Boulbaba Salmi, Taieb Bahri et Mabrouk Beltoumi
Des discussions en coulisses évoquent également une autre liste dirigée par Farouk Ayari. Toujours et selon les informations qui circulent dans les couloirs du congrès, une troisième liste plus restreinte pourrait se former à partir de candidatures individuelles sous forme d’alliance électorale, mais les contours restent encore flous.
À noter que le congrès a abouti, lors de ses travaux d’hier, à une série de modifications importantes du règlement de base de l’organisation, notamment la suppression de l’article 20, qui avait suscité une large controverse et failli compromettre l’unité de l’organisation.
Il a été décidé de revenir à la formulation de l’article 10 du statut de l’Union, adoptée lors du congrès de Djerba en 2006, qui limite la possibilité pour les membres du bureau exécutif, y compris le secrétaire général, de se présenter à deux mandats consécutifs seulement, alors que l’article 20 permettait auparavant trois mandats consécutifs.
Un consensus a également été trouvé sur la composition du bureau exécutif national, qui sera formé de 13 membres, avec un plafond de quatre membres retraités. La décision prévoit aussi que l’adhésion soit renouvelable une seule fois, tout en garantissant une représentation féminine d’au moins deux femmes au sein de la composition.
Le congrès a en outre approuvé la possibilité pour les dirigeants des fédérations professionnelles et des unions régionales de renouveler leur candidature pour trois mandats consécutifs, mais un membre ne peut occuper le poste de secrétaire général pendant plus de deux mandats. Le congrès a examiné une proposition visant à lever le gel concernant certains dirigeants syndicaux, mais celle-ci n’a pas été soumise au vote et son examen a été reporté à une date ultérieure.
Enfin, le congrès a approuvé les rapports moral et financier de l’organisation, dans un climat de débats houleux et de critiques, dont certaines ont été qualifiées de virulentes à l’égard de la performance du bureau exécutif sortant lors du mandat précédent.
Au terme de ce congrès extraordinaire, l’UGTT se retrouve à la croisée des chemins. Entre amendements statutaires, compromis fragiles et critiques persistantes, les décisions adoptées traduisent une volonté de désamorcer la crise sans pour autant en traiter toutes les causes profondes. L’élection du nouveau bureau exécutif constituera ainsi un test décisif pour mesurer la capacité de la Centrale à se renouveler et à rétablir la confiance avec sa base.
Si certains espèrent un nouveau souffle porté par une génération montante et une meilleure représentativité, notamment des femmes, d’autres redoutent la reconduction des mêmes logiques ayant conduit aux tensions actuelles. Dans un contexte social et économique déjà sous pression, l’UGTT n’a plus droit à l’erreur. Sa crédibilité, son unité et son rôle historique dans le paysage national dépendent désormais des choix qui seront faits aujourd’hui.
M.B.S.M.

