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Éditorial : Se prescrire une (petite) dose de démonopolisation … - Par Hassan GHEDIRI

La crise de médicaments perdure depuis des années en Tunisie, mais elle prend ces derniers temps des formes graves avec des dysfonctionnements dangereux du système d’approvisionnement, mettant en péril la santé de milliers de malades chroniques. Aussi, faut-il souligner que l’examen des anomalies qui entravent la bonne marche du processus aboutissent presque toujours aux mêmes conclusions.

En fait, derrière les pénuries de médicaments devenues très fréquentes et qui viennent aggraver la souffrance des citoyens qui éprouvent de grandes difficultés à accéder à des soins respectueux, il y a une très longue liste de déficiences réglementaires et structurelles.

Elle inclut des problèmes de planification, de coordination et de répartition des responsabilités au niveau des chaînes d’approvisionnement qui se manifestent par une mauvaise gestion des ressources et engendrent des crises répétitives. Il y a toutefois aujourd’hui une certitude sur laquelle tout le monde s’accordait selon laquelle le problème concerne le modèle de la gouvernance du secteur des médicaments dans sa globalité.

C’est-à-dire la manière par laquelle est organisé le marché pharmaceutique dans le pays. Un casse-tête permanant pour les autorités et un calvaire quotidien pour les patients et les prestataires de services de soin, les pénuries de médicaments en Tunisie peuvent se justifier par diverses anomalies impliquant tous les acteurs mais qui tendent toujours à remettre en cause le droit de monopole détenu par l’Etat par l’intermédiaire de la Pharmacie centrale de Tunisie (PCT).

Aux prises d’une spirale d’endettement sans fin, la PCT n’arrive plus à remplir convenablement sa principale responsabilité de garantir la disponibilité de beaucoup de médicaments d’une importance vitale pour des centaines de milliers de citoyens. Faisant cavalier seul dans l’importation des médicaments, cet établissement a de plus en plus de mal à jouer un rôle clé dans le domaine de la santé publique.

Les débats sur le monopole étatique de l’importation des médicaments restent vifs mais ils se posent aujourd’hui avec une plus grande intensité au regard des difficultés que trouve l’Etat pour préserver l’équilibre très précaire de la trésorerie publique.

D’aucuns pensent qu’il est aujourd’hui temps pour engager des réformes courageuses favorisant une implication efficace du secteur privé dans l’importation des médicaments.

Cette démonopolisation n’est d’ailleurs pas uniquement recommandée pour les médicaments, mais elle n’a pas cessé d’être proposée comme réponse aux crises d’approvisionnement de plusieurs denrées alimentaires fréquemment soumises à des tensions sur le marché local à cause des déficits financiers.

Réduire le monopole étatique sur l’importation des médicaments implique d’ouvrir le marché aux opérateurs privés via la promotion des partenariats public-privé, l’assouplissement des réglementations et des incitations pour le développement de l’industrie locale. Bien sûr, tout en préservant à l’Etat son autorité de régulation et ses prérogatives de contrôle et d’inspection.

Jusqu’ici, l’Etat ne l’entend pas de cette oreille justifiant souvent sa rigidité par le devoir de protéger la santé des citoyens. Beaucoup de pays ont toutefois franchi le pas de la démonopolisation de l’importation des médicaments sans pour autant sacrifier la santé publique, et ce, à travers des garde-fous réglementaires appropriés et efficaces.

Ils l’on fait à travers des dispositifs de régulation qui permettent de protéger la santé de la population tout en facilitant l'accès aux médicaments. Il suffit de mettre en place un cadre réglementaire établissant des critères stricts de contrôle de qualité, de traçabilité et de conformité aux normes.

C’est-à-dire des procédures bien définies qui exigent des inspections drastiques, l'enregistrement des produits et la vérification des licences des fabricants étrangers pour protéger la santé publique.

Remédier à la crise des médicaments en Tunisie, cela exige de l’Etat de s’engager dans un processus d’ouverture du marché et d’accepter de se passer de ces monopoles.

H.G.

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