contactez-nous au 71 331 000
Abonnement

Editorial : La dédollarisation, nerf de toutes les guerres…

Par Chokri Baccouche

Le dollar, on le sait, n’est pas seulement une monnaie nationale pour les Etats-Unis. Il est le socle de leur puissance économique et de leur influence géopolitique mondiale. Grâce au statut de monnaie de réserve internationale du dollar, le pays de l’oncle Sam bénéficie de privilèges énormes voire exorbitants. Il peut en effet emprunter sans compter et à des taux beaucoup plus avantageux que les autres pays.

C’est d’ailleurs pour cette raison et aussi paradoxal que cela puisse paraitre que les Etats-Unis sont à la fois la nation la plus riche du monde mais également la plus endettée. Grâce au billet vert, l’Amérique peut maintenir par ailleurs un déficit commercial important, car le reste du monde accepte ses dollars en paiement pour accumuler des réserves.

Plus instructif et significatif encore : le dollar est l’outil principal de la domination globale américaine dans le monde. Jusqu’à aujourd’hui, il demeure en effet la devise refuge vers laquelle se replient les investisseurs et les marchés financiers en période d’incertitude économique pour assurer leur liquidité et leur sécurité. Le dollar est aussi la norme par excellence du commerce.

Il représente la monnaie la plus utilisée dans les transactions internationales et sur le marché des changes. En 2025-2026, 90 % des transactions commerciales dans le monde ont été libellées en dollar.

En tant que pilier du système monétaire international au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le dollar est devenu par ailleurs un levier privilégié de la politique étrangère américaine. En contrôlant de bout en bout ce système basé sur leur monnaie nationale et taillé sur leur mesure ou plutôt leur démesure, les Etats-Unis disposent d’un pouvoir de sanctions économiques sans équivalent.

Les pays qui sortent des rangs, refusent d’appliquer à la lettre les désidératas et les diktats américains font ainsi l’objet de mesures de rétorsions sévères qui peuvent les mener à la faillite. En excluant, donc, des pays ou des entités du système de paiement en dollars, Washington peut exercer une pression politique majeure et atteindre les objectifs tracés sans avoir à recourir forcément à une intervention militaire.

Bref, on peut dire et sans exagération aucune que l’Amérique doit une fière chandelle à sa monnaie nationale qui est la base même de son opulence, sa puissance et explique certainement aussi l’arrogance effrénée de ses dirigeants comme c’est le cas avec l’actuelle administration sous la houlette du virevoltant et non moins fantasque et égocentrique président Donald Trump.

Sans le dollar, les Etats-Unis ne seraient pas ce qu’ils sont aujourd’hui. Ils n’auraient jamais pu dominer le monde, technologiquement et militairement, comme ils le font aujourd’hui.

Ils n’auraient jamais eu les moyens nécessaires pour financer le fonctionnement de leurs innombrables bases militaires, éparpillées par milliers à travers le monde. Bref, en un mot comme en cent, sans le dollar le rêve américain ne serait plus qu’un modeste rêve d’un Etat fédéral commun, comme on en trouve dans certaines parties du globe.

De ce qui précède, on déduit l’importance capitale que revêt le billet vert pour les Américains et on comprend mieux surtout pourquoi le processus de dédollarisation des transactions commerciales engagé par certains groupes de pays dont les BRICS, est vécu outre Atlantique comme un véritable cauchemar voire le plus grand danger qui menace le leadership américain dans le monde.

Motivés par leur volonté de renforcer leur souveraineté économique face aux sanctions américaines, ces pays rebelles à l’ordre américain et favorables à l’émergence d’un nouvel ordre mondial multipolaire sont en fait la cause principale de l’ensauvagement des Etats-Unis constaté ces derniers temps.

A travers le récent coup d’Etat perpétré au Venezuela et la volonté, ouvertement déclarée, des dirigeants américains de faire main basse sur la l’île stratégique du Groenland, les Etats-Unis veulent démontrer en fait qu’ils sont prêts à tout pour empêcher la dédollarisation des transactions commerciales, quitte en cela à mettre le monde sens dessus-dessous.

Beaucoup plus qu’une insulte à leur ego, la mise en place d’un nouveau système monétaire international affranchi de la domination du dollar est vécue en réalité par les Américains comme la cause logique d’un effondrement potentiel de leur empire.

La question qui se pose désormais avec insistance est de savoir quelle sera la réponse que le groupe des Brics va réserver à ce fait accompli imposé par les Etats-Unis ?  Les membres de ce groupe vont-ils accepter de revenir à la case départ et faire comme si de rien n’était, c’est-à-dire jeter aux oubliettes le projet visant la mise en place d’un nouveau système monétaire international ?

A contrario, seront-ils obligés, face à l’ensauvagement de l’ogre américain, d’accélérer la dédollarisation des transactions commerciales pour se mettre à l’abri des futures sanctions économiques étasuniennes et favoriser ainsi l’émergence d’un monde multipolaire? La deuxième hypothèse parait la plus probable et pour cause : les Brics n’ont désormais d’autre choix que d’aller de l’avant car tout retour en arrière est perçu comme un acte suicidaire, partant de l’évidence que la liberté ne se donne pas mais s’arrache…

C.B. 

Partage
  • 25 Avenue Jean Jaurès 1000 Tunis R.P - TUNIS
  • 71 331 000
  • 71 340 600 / 71 252 869