Hier, à Marseille, est ouvert un procès inédit qui jette une lumière crue sur un vaste trafic de pesticides interdits en Europe. Les enquêtes préliminaires menées par la police judiciaire française auraient permis de lever le voile sur des pratiques frauduleuses impliquant des agriculteurs marseillais originaires des Bouches-du-Rhône et de la Drôme, deux grandes provinces agricoles situées au sud de l’Hexagone, et leurs fournisseurs qui s’approvisionnaient auprès des trafiquants de pesticides se trouvant en Espagne.
Les audiences de ce procès hors norme vont se poursuivre pendant trois jours au tribunal judiciaire de Marseille et devraient permettre de comprendre la nature d'un trafic qui ne se limite certainement pas aux frontières de cette métropole de la rive nord de la Méditerranée. En dépit des gros moyens déployés par l’Etat français pour combattre le trafic des produits dangereux pour la santé et l’environnement, cette affaire montre que les trafiquants de pesticides parviennent toujours à tromper la vigilance des contrôleurs.
Aujourd’hui, des millions de Français sont sous le choc après que l’on a dévoilé la quantité des pesticides prohibés qui ont pu être commercialisés par ces trafiquants et qui ont contaminé des milliers d’hectares de productions maraichères et fruitières dans les provinces de Marseille. Selon les enquêteurs, quelque 3,5 tonnes de pesticides interdits avaient été, en effet, importées d’Espagne entre 2018 et 2024 grâce à la complicité de plusieurs dizaines d’individus impliqués dans un trafic tentaculaire.
Très nombreux seraient alors les agriculteurs qui auraient pulvérisé leurs cultures par ces pesticides et qui avaient ensuite approvisionné les marchés par des fruits et légumes empoisonnés finissant leur parcours dans les assiettes des consommateurs.
Ce scandale sanitaire mis au grand jour en France ne peut pas ne pas éveiller de grandes inquiétudes ici en Tunisie. Et pour cause, la grande ambiguïté caractérisant la manière par laquelle les autorités traitent la question des pesticides avec un laisser-aller flagrant qui encourage les pratiques frauduleuses.
Il y a lieu de rappeler que ces dernières années, la Tunisie a été, à maintes reprises, citée parmi les pays vers lesquels des produits phytosanitaires (insecticides, herbicides…) ont continué à être expédiés par des fabricants européens malgré leur interdiction au sein de l’UE. En 2020, l’ONG Greenpeace n’avait-elle pas révélé l’existence d’un vaste commerce de pesticides interdits, car néfastes pour la santé humaine et l’environnement, qui s’étend sur plusieurs pays, dont la Tunisie ?
Le fléau est beaucoup plus alarmant parce qu’en plus de ce qui semblait devenir un commerce «légal» de substances interdites d’utilisation dans les pays de fabrication où les normes sanitaires sont très strictes, en Tunisie, il y a également le marché informel de pesticides qui échappe totalement au contrôle de l’Etat avec d’énormes quantités de pesticides non homologués introduits clandestinement sur le territoire national et qui sont massivement utilisés par les agriculteurs.
Malgré les avertissements lancés à plusieurs reprises par les spécialistes qui mettent en garde contre l’usage incontrôlé des substances toxiques dans le secteur agricole en Tunisie, beaucoup de défaillances sont constatées au niveau du contrôle et de la prévention. Alors que les scientifiques ne cessent de confirmer le lien de causalité entre la flambée des cancers et certains types de pesticides qui n’avaient été interdits en Europe qu’après plusieurs années d’utilisation, en Tunisie on ignore l’ampleur du fléau.
Et il semble, d’ailleurs, que les autorités ne diront jamais combien de tonnes de pesticides ont fini dans nos assiettes depuis que ces poisons sont utilisés dans l’agriculture en Tunisie ?
H.G.

