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Editorial : Un empire qui empire…


Après avoir bouffé le Venezuela et ses énormes réserves de pétrole, l’Ogre américain se tourne désormais vers le Groenland. Donald Trump veut, à tout prix, faire main basse sur cette immense île du grand nord, à peine peuplée de quelques milliers d’habitants mais qui regorge de nombreuses richesses énergétiques et minérales : uranium, fer, nickel, or, pétrole et gaz dorment en quantités incalculables le sous sol de cet archipel appartenant en principe au Danemark, l’allié atlantiste de l’Oncle Sam. Quelque peu grisé par son dernier coup fourré en Amérique latine et davantage mis en appétit par le silence assourdissant et la quasi absence de réaction de la part de la communauté internationale, le locataire de la Maison Blanche ne fait d’ailleurs pas mystère sur ses convoitises concernant le Groenland qu’il veut à tout prix accaparer. Au mieux, par le biais d’une transaction commerciale si possible. Au pire, par la force militaire s’il le faut.
Contrairement à ce qu’on pourrait le croire d’emblée, les rodomontades impériales du président américain ne reflètent pas seulement la personnalité d’un dirigeant egocentrique, imbu de sa personne. Elles traduisent, en effet, un désir réel de domination et de spoliation des richesses dans l’objectif inavoué mais clair de perpétuer à l’infini le leadership américain dans le monde. C’est dans ce cadre que s’inscrit justement l’intérêt des Etats-Unis pour le Groenland. La position géostratégique de cette immense île se fait de plus en plus importante, particulièrement par ces temps marqués par une rivalité féroce des grandes puissances pour les régions du Grand Nord. Selon les prévisions des météorologues, l’océan arctique pourrait être libre des glaces de mer pendant l’été et donc pleinement ouvert à la navigation d’ici 2030. Par conséquence, deux nouvelles routes maritimes au moins reliant l’Atlantique et le Pacifique pourraient devenir praticables, l’une par le nord-ouest, le long des côtes du Canada et du Groenland, l’autre le long de la Sibérie. Dans les deux cas, le trajet entre l’usine du monde chinoise et les marchés occidentaux est réduit d’un bon tiers et c’est ce qui explique en réalité pourquoi les Américains convoitent tant le Groenland et cherchent par tous les moyens à se l’approprier. Pour Washington, l’enjeu est à la fois sécuritaire mais également économique voire géostratégique dans le sens que les Etats-Unis pourraient ouvrir et fermer éventuellement ce passage au gré de son humeur et surtout de ses intérêts.
Ce qui est valable pour le Groenland l’est également pour le Canal de Panama. Trump clame vouloir faire main basse à nouveau sur ce passage stratégique, rétrocédé en 1999 selon les engagements pris par Jimmy Carter vingt ans plus tôt, arguant que cette voie d’eau est vitale pour les Etats-Unis au prétendu motif que les navires américains étaient surtaxés. Il s’agit en réalité d’un faux prétexte, car le véritable mobile qui réside derrière les velléités américaines de reprendre le contrôle du Canal est d’empêcher à tout prix le grand rival chinois de pousser ses pions dans la région.
Du Groenland, bientôt, et prochainement peut-être au Panama, on peut vraiment dire que le vernis démocratique américain a complètement disparu. Il cède la place à une spoliation assumée et un retour du colonialisme décomplexé de cette Amérique qui se veut paradoxalement le dernier rempart contre la barbarie et le despotisme et la gardienne éternelle du temple de la démocratie et des libertés. Sous la houlette du fantasque et non moins va-t-en guerre Trump, les Etats-Unis sont en passe de rafler en réalité la palme du plus grand Etat voyou de la planète. Pour paraphraser le titre d’un remarquable livre écrit par l’essayiste serbe Nikolas Mirkovic, on peut vraiment dire que « L’Amérique empire » sous le règne, tumultueux et très controversé, du revenant 47è président américain dont la voracité gargantuesque et la politique léonine ultra-agressive font des Etats-Unis un empire dans une situation qui empire.  C’est-à-dire une superpuissance en déclin qui va de mal en pis, en proie au doute et qui cherche à sortir de la mauvaise passe économique et sociale en s’attaquant aux plus vulnérables pour leur spolier leurs richesses. Un pays qui viole surtout impunément le droit international et donne un bien mauvais exemple. Les tyrans et autres despotes ne manqueront pas en effet de s’engouffrer dans la brèche providentielle et non moins dangereuse ouverte par le remuant Trump qui n’a pas encore fini de révéler tous ses abracabrants secrets…
C.B.






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