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Éditorial : L’illusion d’un Groenland « à vendre » - Par Jalel HAMROUNI

L’idée de fixer un prix à un territoire doté de souveraineté, d’identité, d’une population et de ressources naturelles n’est pas seulement irréaliste, elle traduit un état d’esprit colonialiste que l’on croyait révolu. Pourtant, dans l’esprit de certains dirigeants contemporains, cette notion d’achat et de propriété territoriale renaît sous une forme encore plus agressive : l’aversion cataclysmique pour les cadres du droit international et le mépris pour la dignité des peuples.

Prenons l’exemple du Groenland. Cette île arctique appartient au Royaume du Danemark mais jouit d’un statut autonome, avec une population de près de 57 000 habitants qui a clairement exprimé son opposition à toute idée de vente ou de transfert de souveraineté. En 2025, selon un sondage publié dans la presse locale, 85 % de Groenlandais s’opposaient à l’idée de devenir américains.

Fixer un prix pour un territoire comme le Groenland, doté d’une histoire, d’une culture inuit vivante et de droits politiques garantis, serait non seulement une absurdité économique, mais surtout une négation des principes les plus élémentaires de la coexistence pacifique entre nations. Pourtant, sous la logique expansionniste récemment exprimée par Donald Trump, pas seulement l’achat mais la prise effective de territoires par d’autres moyens se profile à l’horizon.

Après la capture controversée du président vénézuélien Nicolás Maduro par des forces américaines, Trump a réaffirmé son intention de mener la politique étrangère américaine à coups de désirs d’annexion et de contrôle direct.

Le 3 janvier 2026, les États-Unis ont mené une opération militaire aérienne et héliportée sur le sol vénézuélien qui s’est soldée par la capture du président Nicolás Maduro et de son épouse, conduits à New York pour être poursuivis sur des accusations de narcotrafic.

Des experts en droit international et des institutions mondiales ont qualifié cette opération de violation grave du droit international, pointant qu’elle constitue une attaque armée sans autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU et contrevient explicitement à la Charte des Nations Unies. Même certains alliés traditionnels des États-Unis ont exprimé leur consternation.

Le président français Emmanuel Macron a critiqué ouvertement Washington pour sa « rupture des règles internationales » et pour ses menaces envers le Groenland, soulignant les limites des institutions mondiales incapables de répondre à de telles agressions.

Ce que certains appellent pudiquement une « justice transnationale », d’autres le dénoncent comme un kidnapping d’État et une démonstration de force brutale. Sur la scène internationale, plus de pays que jamais parlent d’un crime d’agression commis par les États-Unis.

Derrière le vernis légaliste avancé par la Maison-Blanche, la lutte contre la drogue ou la lutte contre un régime considéré illégitime, se profilent des intérêts géopolitiques et économiques évidents : le contrôle des ressources. Comme pour le Groenland, convoité pour ses richesses en terres rares, minéraux et minerais essentiels à la transition énergétique, la fuite en avant vers l’intervention armée reflète une logique de domination plutôt qu’une politique multilatérale respectueuse des souverainetés.

Et alors que le monde observe, certaines nations dénonçant l’action américaine, d’autres restant prudentes, l’ordre international mis en place après 1945 se trouve mis à mal. Le principe fondamental de non-ingérence et de respect des frontières est érodé par la pratique de la force.

Face à ce virage, il ne s’agit pas seulement de critiquer une politique étrangère agressive, mais d’alerter sur ce que cela signifie pour l’avenir des relations internationales.
Retour à l’idée de vendre un territoire : on ne peut pas réduire une nation, un peuple ou un territoire à une marchandise. Les Groenlandais ne sont pas des actifs corporels à évaluer et à échanger. Les citoyens vénézuéliens ne se résument pas à des ressources pétrolières ou à des leviers géostratégiques.

Dans une époque marquée par des défis globaux, changements climatiques, migrations, tensions économiques, la coopération internationale et le respect des normes communes sont plus essentiels que jamais.

L’attitude expansionniste qui transforme des territoires souverains en prix à négocier ou en cibles de conquêtes modernes n’est pas simplement une erreur diplomatique : elle est une menace pour toute la communauté mondiale. Car une fois que l’on légitime la force à l’encontre d’un État, une fois que l’on banalise de telles actions, on ouvre la porte à des pratiques encore plus dangereuses.

Le droit international ne doit pas être relégué au rang de simple option politique. Le respect des peuples, de leurs droits, de leur autonomie politique ne se négocie pas au prix d’un territoire ou au gré des ambitions d’une administration. Et c’est cette certitude que les nations ne sont pas des biens négociables, que le monde doit réaffirmer face à l’impérialisme renouvelé.

J.H.

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