Par Chokri Baccouche
Le coup d’Etat perpétré par l’Amérique de Trump au Venezuela a provoqué un mouvement de panique et une vague d’indignations sans précédent à l’échelle internationale. Partout dans le monde, la colère gronde et les voix dénonçant ce que beaucoup qualifient de banditisme politique de l’impérialisme américain dans sa forme la plus primitive et exécrable s’élèvent.
A l’image des signaux de fumée sombres que les Amérindiens font monter au ciel au sommet d’une colline pour signaler un grave danger. Le casse perpétré par les Etats-Unis à Caracas, au nom du pétrole et des ressources énergétiques bon marché, est un précédent gravissime qui inaugure une ère nouvelle dans un monde aux abois, plus que jamais régi par la loi de la jungle.
La question qui se pose aujourd’hui avec insistance est de savoir si les Etats-Unis vont se limiter à ce coup de force vénézuélien ou, au contraire, appliquer le même scénario à d’autres pays pour servir leurs intérêts géopolitiques et stratégiques.
Selon toute vraisemblance, la seconde hypothèse parait malheureusement la plus proche de la réalité. Le pire est à craindre en effet surtout si l’on sait que le coup fumeux contre le président vénézulélien Maduro s’inscrit dans la droite ligne de la Stratégie nationale de sécurité annoncée par Donald Trump. Les grands axes sur lesquels repose cette stratégie donnent en fait froid dans le dos.
Publié en novembre 2025, le document qui est passé inaperçu regorge pourtant d’indices révélateurs sur les véritables intentions - pas très catholiques s’entend - du locataire de la Maison Blanche. La Stratégie est formellement présentée comme étant le « corollaire Trump » de la doctrine Monroe qui affirme que l’hémisphère occidental est fermé à toute ingérence européenne, mais qu’il tombe sous la sphère d’influence américaine, ce qui peut y justifier, notamment, l’interventionnisme.
Parmi les passages annonciateurs d’une intervention américaine où que ce soit dans l’hémisphère occidental et de quelque manière que ce soit, la Stratégie établit que dès que ce qui peut être considéré comme intérêt national pour les États-Unis est en jeu, toute action est légitime. Le président Trump y affirme, entre autres choses, ceci : « Il faut protéger les accès américains à des endroits géographiques clés partout dans la région », voire « étendre ces accès ».
Il se permet également un appel à l’ingérence démocratique ; il y est question de « déploiements militaires ciblés pour sécuriser la frontière », y compris « lorsque nécessaire, l’utilisation de la force létale » pour remplacer la stratégie, qu’il considère comme déficiente, basée sur la seule application de la loi. Il appelle aussi au déni de l’État de droit ; le Conseil national de sécurité et la communauté du renseignement travailleront à indiquer les endroits et les ressources stratégiques pour s’assurer de leur développement.
En somme, poursuit-il, « les États-Unis doivent être prééminents dans l’hémisphère occidental comme condition de notre sécurité et de notre prospérité — une condition qui nous permet de nous affirmer avec confiance là où et quand il le faut dans la région ».
Bref, aussi bien le message que les intentions sont clairs comme l’eau de roche et il ne faut pas être forcément un savant analyste pour en saisir la teneur et la portée. Pour faire plus simple, le casse perpétré au Venezuela n’est qu’un début d’une liste potentiellement longue de coups fourrés que les Etats-Unis pourraient entreprendre dans le monde durant la période à venir.
On en a déjà un avant-goût : depuis la capture du chef de l’Etat vénézuélien, le locataire de la Maison Blanche a menacé d’autres pays de passer sous la coupe américaine dont notamment Cuba, la Colombie et le Groeland et le Canada. Donald Trump agit en fait comme un rouleau compresseur et semble déterminé à écraser tout sur son passage pour accaparer, fût-il par la force, les richesses des autres pays, et ce, au nom du MAGA, le slogan de sa dernière campagne électorale qui signifie littéralement « Rendre l’Amérique à nouveau grande ».
Le revenant 47è président américain semble déterminé à faire en sorte que son pays garde par tous les moyens sa couronne et son leadership mondial. Le coup bas au Venezuela n’est qu’un message adressé à tous les rivaux de l’Amérique ainsi qu’aux pays du Sud global qui rêvent de voir l’émergence d’un nouvel ordre mondial multipolaire affranchi de la domination occidentale et américaine plus spécifiquement.
Un message sans ambages signifiant qu’aucun pays n’est à l’abri d’un sort similaire s’il s’avise à sortir des rangs. Attention, l’empire tire désormais sur tout ce qui bouge dans un monde résolument moins stable, moins libre et moins libre. Un monde plus que jamais livré en fait aux vents de l’incertitude et de l’instabilité. Attachez vos ceintures, ça va drôlement tanguer très prochainement. Et ça ne fait que commencer…
C.B.

