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Editorial : Les bénéfices d'une bonne claque - Par Hassan GHEDIRI

Certains Tunisiens peuvent ne susciter ni regret ni déception après le revers essuyé samedi par l'équipe nationale de football qui s'est vue éliminer de la Coupe d'Afrique des Nations après une piètre performance face à une formation malienne en infériorité numérique mais héroïque. Très nombreux devaient être ceux qui avaient, en revanche, reçu cette élimination comme une claque qui, soudai-nement, vous fait réveiller de vos illusions avec brutalité.

Comme lorsque, brusquement, on se prend en pleine face la réalité crue et amère pour prendre conscience de l'absurdité de nos ambitions et de nos attentes. Encore ébranlés par cette énième débâcle, venait alors l'électrochoc magistralement administré, à nous tous, par le jeune joueur Hannibal Mejbri, qui avec trois-quatre phrases courtes, sincères mais débordant de vérités troublantes, nous a obligés, tous, à se remettre en cause.

A 22 ans, Hannibal l'enfant prodige du football tunisien, toujours victorieux, audacieux et très généreux sous les couleurs des Aigles de Carthage, s'est vu dire ce que tous les Tunisiens s'empêchaient de s'avouer préférant vivre dans le déni.

Conscient que ses paroles « allaient faire le tour de la Tunisie », comme il l'avait confié aux journalistes qui l'ont pris d'assaut après le fiasco de samedi, Hannibal a lâché un énorme coup de gueule qui a instantanément enflammé les réseaux sociaux avant de faire, ensuite, la Une des journaux en Tunisie et un peu partout dans le monde.

C'est un Hannibal dégoûté qui a parlé sans retenue pour affirmer que le football tunisien est très en retard sur tous les plans, ce qui nécessite, selon lui, un changement des mentalités et à recommencer à zéro. C'était un Hannibal qui regrette énormément que la Tunisie soit à la traîne non pas uniquement dans le sport, mais dans tous les domaines, alors qu'en Afrique tout progresse.

C'était un Hannibal qui n'a pas tourné autour du pot pour dire qu'en Tunisie «on rêve trop, mais on ne travaille pas assez», estimant que c'est l'heure de la remise en question de toute une nation.

Par ces mots forts, Hannibal semblait avoir provoqué un séisme qui ne laissera, sans doute pas, les choses telles qu'elles sont aujourd'hui dans l'environnement de l'équipe nationale voire dans le sport tunisien en général. Mais si d'aucuns allaient se mettre à analyser et commenter la réflexion du jeune joueur dans les strictes limites du foot et du sport, nous devons tout de même avoir l'honnêteté de reconnaitre que l'amertume et le regret exprimés par Hannibal sont suscités par un échec général.

Emanant de quelqu'un qui vit loin du pays jouissant de tous les conforts imaginables, le constat devient autant juste et non hypocrite quand il met en comparaison la situation de la Tunisie avec le Maroc. Et il n'est pas seulement question de foot dans lequel le Royaume chérifien enchaîne les succès depuis qu'il avait atteint, en 2022, le carré d'or de la Coupe du monde abritée par le Qatar et ensuite rafler les trophées des compétitions continentales des nations.

C'est grâce à une infrastructure sportive très développée que le Maroc organise actuellement l'une des meilleures CAN dans le continent et s'apprête à accueillir la Coupe du monde Fifa 2030 conjointement avec l'Espagne et le Portugal. C'est que Hannibal n'a pas tout dit, mais il a quand même laissé deviner lorsqu'il a appelé les journalistes d'assumer leur devoir et poser les bonnes questions pour tenter de comprendre pourquoi ça ne marche pas en Tunisie comme au Maroc.

La vérité, c'est que ce pays que l'on a d'ailleurs tendance à trop souvent accuser, à tort ou à raison, d'avoir profité du déclin de la Tunisie depuis sa révolution de 2011 pour faire bâtir son succès, est aujourd'hui un modèle qui doit nous inciter à reconnaitre nos erreurs et à rattraper rapidement le temps perdu.

Loin du foot dans lequel le Maroc se hisse déjà dans le rang des grandes nations, mettons-nous à comprendre comment les Marocains ont fait pour que leur pays devienne aujourd'hui le deuxième fournisseur mondial de phosphate en produisant environ 40 millions de tonnes (contre à peine 3 millions de tonnes pour la Tunisie).

Loin du foot, mettons-nous à chercher pourquoi le Maroc, déjà doté du plus grand port en eaux profondes à Tanger, s'apprête à inaugurer deux autres ports en 2026 et 2028 de plusieurs milliards de dollars d'investissement. Entre temps, la Tunisie continue de caresser les maquettes de son projet chimérique de port en eaux profondes promis depuis plus de vingt ans à Enfidha.

Loin du foot, penchons-nous sur les raisons qui font que le Maroc qui, il ya vingt ans, envoyait ses hôteliers apprendre le savoir-faire de la profession en Tunisie, attire aujourd'hui environ 20 millions de touristes. Pour se rattraper, il faut donc avoir le courage d'affronter les sujets difficiles et oser poser les bonnes questions parce que le football n'est qu'un symptôme d'un malaise plus profond.

H.G.

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