Par Imen Abderrahmani
Au Festival international de Hammamet, Chokri Bouzayen a ravivé la mémoire de plusieurs générations lors d'une soirée où la chanson tunisienne s'est transmise avec émotion, simplicité et ferveur.
L'une des plus belles voix du bon vieux temps- même si la scène tunisienne regorge aujourd'hui de nombreux talents-, Chokri Bouzayen a signé l'un des rendez-vous les plus chaleureux de la 60ème édition du Festival international de Hammamet. Dans une ambiance décontractée et résolument familiale, le public a retrouvé un répertoire qui traverse les époques, reprenant en chœur des chansons restées gravées dans la mémoire des générations des années 80.
Avec une déclaration d'amour à la Tunisie, lors de cette soirée particulière qui coïncide avec la célébration de la fête de la République, le concert s'est ouvert sur « Tounsi we Rafaa Rassi » (Tunisien et fier de l’être). Une chanson qui a donné le ton à près de deux heures de spectacle. Au fil des morceaux, l'artiste a déroulé un parcours musical où se sont entremêlés classiques incontournables, reprises et compositions plus récentes, retraçant à sa manière une page de l'histoire de la chanson tunisienne.
Il y avait de la joie…
L'émotion s'est rapidement installée lorsque les premières notes de « Salli Alla Sidi Ennebi » ont résonné dans l'amphithéâtre. Véritable signature de son parcours, la chanson a été accueillie par un public qui en connaissait chaque parole. « Thamma Bit », « Taj Rassi Baba » ou encore « Masabni Asfour » ont suscité le même enthousiasme, transformant le concert en un vaste chœur où artistes et spectateurs partageaient les mêmes souvenirs.
Refusant de se cantonner à ses succès les plus connus, Chokri Bouzayen a également glissé dans son programme des titres plus récents, offrant un répertoire varié et moins attendu. Une manière de rappeler que son parcours ne se résume pas à la nostalgie, mais qu'il s'inscrit dans une démarche de création et de transmission.
Cette volonté de transmettre s'est aussi incarnée dans la présence de deux jeunes interprètes, Firas Kolsi et Emna Dammak. Le premier a prêté sa voix à « Fi Khatri » et « Ya Wilek Menni », tandis que la seconde a interprété « La T'hayerni » et « Limta Nosber ». Leur complicité avec Chokri Bouzayen a donné naissance à un dialogue musical entre générations, porté par des voix aux sensibilités différentes mais réunies par le même attachement au patrimoine tunisien. Bien applaudis par le public, les deux jeunes artistes ont quitté la scène le cœur rempli d'espoir, emportant avec eux le rêve de revenir un jour en maîtres de leurs propres concerts, là où les rêves d'aujourd'hui deviennent parfois les rendez-vous de demain.
Le voyage s'est poursuivi avec « Yji Lebalek », « Chkoun Kifek », « Mahlek Ya Omi » et « Malla Lila Malla », autant de titres qui ont entretenu cette proximité entre la scène et le public.
À l'issue du concert, le président du Syndicat des musiciens tunisiens, Maher Hammami, a rendu hommage à l'artiste, saluant un parcours qui a profondément marqué la chanson tunisienne et qui continue de l'enrichir.
L’album de souvenirs
Lors d'un point de presse, Chokri Bouzayen s'est dit ému par l'accueil réservé au spectacle. « La chanson tunisienne continue de toucher le public. Voir les spectateurs reprendre ces chansons prouve leur attachement à ce patrimoine », a-t-il déclaré.
L'artiste est également revenu sur son histoire avec le Festival international de Hammamet, rappelant qu'il y était monté pour la première fois en 1978, à l'âge de 16 ans. Une scène fondatrice à laquelle il est revenu, plusieurs décennies plus tard, avec le même désir de faire vivre un héritage musical en l'ouvrant à une nouvelle génération d'interprètes.
Imen.A.

