Première femme à présider l'Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts depuis sa création en 1983, la professeure Raja Yassine Bahri voit son élection désormais officiellement entérinée par décret.
La nomination de la professeure Raja Yassine Bahri à la présidence de l'Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts « Beït al-Hikma » a été officiellement actée par le décret n°136 de l'année 2026, daté du 1er juillet et publié au Journal officiel de la République tunisienne (JORT). L'annonce a été relayée jeudi par l'institution sur ses réseaux officiels, consacrant l'entrée en fonction de celle qui devient la première femme à diriger cette prestigieuse académie depuis sa fondation en 1983.
Cette publication vient formaliser le résultat de l'élection organisée le 14 mars dernier lors d'une assemblée générale au siège de l'Académie à Carthage Hannibal. Raja Yassine Bahri avait alors obtenu 25 voix, devant les professeurs Moncef Ben Abdeljalil (22 voix), Khaled Ghedira (17 voix) et Hafedh Abdelmalek (3 voix).
Elle succède au professeur Mahmoud Ben Romdhane, dont le mandat est arrivé à son terme à la mi-juin. La passation intervient à l'issue de l'année académique 2025-2026, clôturée le 11 juin par une journée marquée notamment par la projection d'un documentaire consacré aux travaux de rénovation du palais de Carthage et par plusieurs conférences scientifiques autour des enjeux de l'identité tunisienne.
L'élection de Raja Yassine Bahri revêt une portée symbolique particulière. Elle constitue la troisième élection à la présidence de Beït al-Hikma depuis la réforme de 2015, qui a remplacé la nomination des présidents par décret par un scrutin interne des membres de l'Académie. La séance élective s'était ouverte par une minute de silence en hommage au professeur Sadok Belaïd, ancien président de l'institution, disparu le 7 mars 2026 à l'âge de 87 ans.
Professeure de civilisation espagnole à la Faculté des lettres, des arts et des humanités de La Manouba, Raja Yassine Bahri est une spécialiste reconnue de l'histoire des Morisques et des relations culturelles en Méditerranée à l'époque moderne. Ses travaux portent sur les minorités religieuses ainsi que sur les circulations culturelles entre les deux rives de la Méditerranée aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles.
Ses recherches ont donné lieu à plusieurs ouvrages de référence, parmi lesquels « Moriscos in the Mediterranean after the Expulsion », « Les Morisques en Tunisie un siècle après leur arrivée » et « Morisco Women and the Valencian Inquisition », qui témoignent de son expertise sur l'histoire des communautés morisques et de leur héritage en Méditerranée.
Fondée en 1983 et installée à Carthage Hannibal, Beït al-Hikma est l'une des principales institutions savantes de Tunisie. Dédiée à la promotion de la recherche, de la réflexion et du dialogue entre les sciences, les lettres et les arts, elle a été présidée au fil de son histoire par de grandes figures intellectuelles tunisiennes, parmi lesquelles Ahmed Abdesselem, Abdelwaheb Bouhdiba, Ezzeddine Beschaouch, Hichem Djaït, Abdelmajid Charfi, Saad Ghrab et, plus récemment, Mahmoud Ben Romdhane.
Imen.A.

