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Mondial 2026 : Entre les décisions irréalistes de Trump et la « complicité » d’Infantino !

La Coupe du monde 2026 va grandement être marquée et influencée par la personne de Donald Trump. Le président des Etats-Unis, connu pour son imprévisibilité et sa versatilité, pourrait aller jusqu'à mettre en péril le bon déroulement de la compétition par des décisions intempestives, dont il est coutumier. Sa relation avec Gianni Infantino, les logiques de la FIFA avec ce Mondial à 48, et la place de l'Iran dans le contexte géopolitique tendu… tous ces points ont été évoqués Kévin Veyssière, auteur du livre FC Geopolitics - Mondial 2026. Parcourons ensemble ses impressions livrées à Eurosport à propos de cet événement très attendu…

Aujourd'hui, à quelle logique répond l'organisation de la Coupe du monde sur le sol américain pour Donald Trump ?

Kévin Veyssière : Ce qui est intéressant à noter, c'est que cette candidature nord-américaine a été construite dans les années Obama (attribuée en 2018, ndlr), donc on était dans une logique beaucoup plus multilatérale et de renforcement des liens notamment avec ses voisins et renforcement de l'organisation de l'ALENA entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique. Par contre ce qui a changé, c'est surtout à partir de 2025 avec le deuxième mandat de Donald Trump. Il a vu en la Coupe du Monde un moyen d'instrumentalisation pour mettre en avant sa vision des Etats-Unis et la place qu'il voulait donner aux Etats-Unis dans le monde. C'est aussi l'occasion d'en faire un moyen de politique interne pour montrer que sous sa présidence, tout ce qu'il fait c'est pour suivre son discours MAGA, c'est-à-dire de remettre les Etats-Unis au centre du jeu, et de montrer que c'est eux les plus forts. Cela en faisant fi de ses partenaires historiques ou même de ses voisins.

Ce qui témoigne que cette organisation est vraiment centrée autour des Etats-Unis et de Donald Trump, en termes de symbolique, c'est notamment la cérémonie de tirage au sort qui avait lieu au Kennedy Center de Washington, un lieu qui avait été racheté par des proches de Trump pour en faire un haut lieu du Trumpisme culturel. Ça a été une cérémonie à la gloire de Trump, avec en apothéose la remise absurde du prix de la paix de la FIFA par Infantino à Trump. Donc là, on est sur une organisation où le Mexique fait un peu les choses de son côté, les Etats-Unis font ça aussi à leur manière, et puis le Canada c'est le pays qui n'a vraiment pas beaucoup de matches, ils vont très peu bénéficier des effets de la Coupe du Monde, alors que pour les Etats-Unis ce sera beaucoup plus important.

Justement, comment il a fait pour s'accaparer l'organisation ? A quel point "l'amitié" entre lui et Gianni Infantino a joué ?

K.V. : C'est une amitié de circonstance. Donald Trump est le président de la première puissance mondiale, et Gianni Infantino est le patron de la multinationale du football, la FIFA. Tous deux trouvent des intérêts à faire en sorte que ce soit la plus grande des compétitions. Gianni Infantino n'a pas un agenda de patron de la FIFA, il a un agenda de chef d'État, voire plus qu'un chef d'État, presque comme un secrétaire général de l'ONU, parce qu'il a un rôle qui est vraiment transfrontalier. Il arrive à réunir 211 fédérations nationales, soit plus que d'États membres de l'ONU, qui en compte 193.

Quand Donald Trump remet en cause les conditions d'organisation, notamment des villes démocrates qui allaient accueillir les matchs, la FIFA avait répondu avec un communiqué en disant qu'elle surveillait ces conditions. Ils n'ont pas attaqué plus frontalement Donald Trump. La question qui va se poser, c'est est-ce que la FIFA et Infantino ont vraiment les moyens de faire pression sur Trump, ou pas, durant cette compétition ? En sachant que Donald Trump peut prendre une décision irréaliste le jour d'après. Pour l'instant la FIFA n'a pas trop réagi, Infantino est toujours dans une relation de soi-disant amitié avec Donald Trump, mais quand ça va attaquer directement l'organisation même, ou le bon déroulé de la compétition, ce sera intéressant de voir s'il y aura toujours cette relation de complaisance, voire parfois d'Infantino qui joue le rôle de courtisan de Donald Trump. (ndlr, l'interview a été réalisée en amont du refoulement de l'arbitre somalien, Omar Artan)

C'est la première fois qu'un président de la FIFA adoube autant un chef de l'Etat, « adoube » c'est un mot que vous utilisez.

K.V. : J'aime bien le terme, oui. Si on prend l'histoire de la Coupe du Monde, la FIFA a toujours dû s'appuyer sur le pouvoir politique et la volonté politique et économique du pays de l'organiser. Ça se témoigne dès la première édition avec l'Uruguay. Par contre, il y a des phases plus sombres, et les phases où la FIFA est vraiment clairement mise en retrait, c'est 1934 avec Mussolini et 1978 avec l'Argentine.

On peut plutôt la comparer à 2018 dans la Russie de Poutine, et 2022 avec le Qatar et l'émirat Al-Thani. Là aussi, Infantino avait affiché une proximité politique très forte, ce à quoi, si on peut faire des parallèles, ce n'était pas ce qu'on voit au niveau du CIO, qui essaie quand même de garder une certaine neutralité.

Là, c'est multiplié par 100 avec Donald Trump, parce qu'au-delà de l'installation d'un bureau de la FIFA à la Trump Tower, vous avez beaucoup de signes qui témoignent que c'est plus la Coupe du monde de Trump que de celle de la FIFA.

Pour l'instant, c'est plutôt Trump qui est à la manœuvre et qui peut changer le cours du jeu. On n'a pas l'impression que Gianni Infantino ou la FIFA dispose de contre-pouvoirs suffisants vis-à-vis de Donald Trump. Je ne sais pas encore dans quelles conditions la FIFA pourrait s'opposer frontalement à Donald Trump du fait des signes de complaisance qu'on a pu voir toute cette année.

D'ordinaire, la Coupe du monde est un événement durant lequel un pays accueille le monde entier. On a le sentiment que cette édition sera un peu différente des autres.

K.V. : Déjà, le premier problème, c'est qu'il y a un frein au prix pour venir à la Coupe du Monde, que ce soit le déplacement, l'ESTA, le coût sur place. Et après, si vous êtes dans la liste noire de Donald Trump, vous êtes aussi impacté. Les ressortissants touchés sont ceux de cinq pays, Cap-Vert, Haïti, Sénégal, Côte d'Ivoire et Iran. Même s'il n'y avait pas cette politique de visa, ça aurait été quand même très compliqué pour les ressortissants de ces pays-là de se rendre à la Coupe du Monde. Par contre, ce qui est intéressant, je pense notamment au Sénégal ou à la Côte d'Ivoire, même Haïti, c'est que vous avez une forte diaspora présente sur place.

En plus, la présence de l'ICE (police anti-immigration de Donald Trump, ndlr) peut aussi refroidir et faire peur à certains ressortissants. Le fantasme qu'on n'espère pas, c'est que l'ICE fasse une razzia aux abords des stades. Mais j'espère que Donald Trump prendra en considération que si c'est le cas, ces images-là vont faire le tour du monde.

Qu'en est-il de l'Iran ? Qu'attendre de la participation des Iraniens, avec tout le contexte géopolitique qui les entoure ?

K.V. : Ce que va faire la fédération iranienne, qui a beaucoup de collusions avec le pouvoir en place, ça va être de faire en sorte que cette équipe d'Iran incarne la lutte iranienne face à l'oppresseur américain. Ça peut se témoigner symboliquement par le pouvoir des images, notamment durant la cérémonie des hymnes. L'Iran a fait des matchs amicaux en Turquie en mars dernier, durant lesquels les joueurs iraniens avaient chacun un sac d'écoliers pour condamner l'attaque américaine d'une école iranienne fin février. Si c'est un match de Coupe du Monde, la FIFA n'aime pas trop les messages politiques, donc ce sera peut-être difficilement possible ce genre de symbole.

L'un des plus virulents opposants au régime, Sardar Azmoun, n'a pas été sélectionné officiellement pour méforme et blessure. Officieusement, c'est le joueur qui prenait le plus la parole sur les réseaux sociaux pour critiquer le régime. Du fait du conflit, je pense qu'on aura des joueurs qui sont plus dans une logique de défense nationale qu'autre chose. On n'aura pas le même scénario qu'en 2022 où des joueurs ne voulaient pas chanter l'hymne.

La grande interrogation, c'est de savoir si l'Iran va bien jouer cette Coupe du Monde. Déjà, il y avait un camp de base prévu aux Etats-Unis — les Etats-Unis ne voulaient pas de la délégation iranienne durant l'ensemble du tournoi. Ils ont trouvé une solution de repli avec un camp de base à la frontière mexicaine. Et même s'ils l'ont, imaginons que le premier match, c'est le 16 juin contre la Nouvelle-Zélande : le 15 juin, Donald Trump pourrait très bien prendre la décision d'attaquer directement l'Iran sur son sol, et l'Iran pourrait boycotter la compétition.

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