Comme au Qatar en 2022, les conditions climatiques seront un aspect très important à prendre en compte lors de la Coupe du monde 2026 aux États-Unis, au Mexique et au Canada. Selon un rapport, la "chaleur éprouvante" pourrait affecter un quart des matches. Lors du Mondial 1994, les joueurs avaient beaucoup souffert de ces conditions très difficiles.
"Je n'ai jamais connu des conditions pareilles lors de toute ma carrière". Trente-deux ans après, l'ex-attaquant international suédois Martin Dahlin reste marqué par la Coupe du monde 1994. Pas seulement pour la troisième place surprise acquise par la Suède après un parcours inoubliable, mais aussi à cause de la très forte chaleur qui a pesé lourd lors de certains matches.
À l'époque, la sélection scandinave a évolué à Los Angeles, Détroit, Stanford et Dallas. C'est dans le Cotton Bowl, la célèbre enceinte texane, que les Suédois, alors opposés à l'Arabie saoudite en huitièmes de finale (ndlr : victoire 3-1), ont le plus souffert. "Le pire, c'était à Dallas avec la chaleur extrême et l'humidité. Sur le terrain, il fallait se montrer plus malin dans la gestion des efforts", nous confie Martin Dahlin, premier buteur de la rencontre après six minutes de jeu.
Le coup d'envoi du match avait été donné à 12h, décalage horaire avec l'Europe oblige. Mais la Suède s'était préparée à jouer sous cette chaleur torride comme nous le raconte Thomas Ravelli, ex-gardien emblématique de Göteborg et 143 sélections internationales au compteur.
"Notre staff médical avait fait beaucoup de recherches en amont. Avant le coup d'envoi du Mondial, nous nous sommes entraînés à San Diego, à une époque où le thermomètre montait très haut. Petit à petit, nos organismes se sont habitués à la chaleur. Finalement, nous étions mieux préparés à jouer dans ces conditions que les joueurs de la sélection saoudienne, se remémore-t-il. Après le match, ils nous avaient d'ailleurs avoué qu'ils n'avaient jamais joué dans de telles conditions. En Arabie saoudite, ils jouent le soir et s'entraînent le matin. Or, ce match à Dallas a eu lieu au moment où il faisait le plus chaud."
Pour la finale de ce premier Mondial américain (Brésil-Italie), dans le mythique Rose Bowl de Pasadena dans la périphérie de Los Angeles, notre confrère Vincent Duluc n'oubliera jamais ces conditions inédites. "S'installer en tribune sans toit pour un match à midi, par 45 °C, constater que les cristaux liquides des Tandy, nos premiers ordinateurs, fondaient au soleil et disparaissaient en bas de l'écran", a-t-il écrit dans les colonnes de L’Équipe.
Comme au Qatar, plusieurs stades seront climatisés
Trois décennies plus tard, les conditions météorologiques estivales ne se sont pas arrangées aux États-Unis, de nouveau pays hôte du Mondial aux côtés cette fois-ci du Mexique et du Canada, avec le réchauffement climatique. Dans un récent rapport, des climatologues ont annoncé qu'une "chaleur éprouvante" pourrait affecter un quart des matches de la Coupe du monde 2026, y compris la finale dans le New Jersey.
"Les zones à risques climatiques se trouvent au sud-ouest et au centre des États-Unis, à Kansas City, Atlanta, Miami, Dallas et Houston, mais aussi au Mexique, à Monterrey, a annoncé Davide Faranda, chercheur en sciences de l'environnement au CNRS, à L’Équipe. En ce qui concerne les zones centrales, comme Kansas City, Atlanta et Dallas, il y aura de multiples risques : des orages, de la grêle, des températures anormalement élevées, mais aussi des tornades. Sur les zones côtières, à Miami et Houston, c'est surtout la chaleur humide qui pourrait être extrême et difficilement supportable, voire dangereuse pour la santé des joueurs et des spectateurs. À Monterrey, au Mexique, le risque est celui d'une chaleur extrême."
Ainsi, plusieurs matches du premier tour s'annoncent bouillants au niveau du thermomètre : Pays-Bas - Japon (dimanche 14 juin à 16h à Dallas), Espagne-Cap Vert (lundi 15 juin à 12h à Atlanta), Angleterre-Croatie (mercredi 17 juin à 16h à Dallas), République Tchèque-Afrique du Sud (jeudi 18 juin à 12h à Atlanta), Pays-Bas - Suède (samedi 20 juin à 13h à Houston), Espagne-Arabie saoudite (dimanche 21 juin à 12h à Houston), Argentine-Autriche (lundi 22 juin à 13h à Dallas) et Portugal-Ouzbékistan (mercredi 23 juin à 13h à Houston). Comme lors du Mondial qatari, plusieurs stades seront climatisés comme à Dallas, Atlanta ou Houston.
Interrogé par l'AFP, Paquito Bernard, chercheur à l'Inserm, craint "un jeu beaucoup moins spectaculaire, moins intense" à cause des fortes chaleurs combinées à l'humidité et à la pollution. "Les joueurs vont arriver très fatigués de leur fin de saison dans leur club, et pas nécessairement prêts pour jouer dans un contexte très chaud ou très humide. Si le joueur doit par exemple produire un effort dans un premier match très chaud et très intense, malgré les pauses spéciales fraîcheur instaurées par la FIFA, ça peut engendrer des symptômes d'épuisement par la chaleur, d'étourdissement ou d'évanouissement. Et même sans aller jusque-là, le joueur sera moins alerte et moins précautionneux dans la prise d'information ou la gestion technique", pointe le spécialiste.
Les Coupes du monde passent tous les quatre ans. Et comme au Qatar, la question de la météo restera centrale pour les 48 sélections sur la ligne de départ.

