Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
Les Tunisiens ont envahi hier l'avenue Habib Bourguiba pour célébrer le quinzième anniversaire de la Révolution tunisienne scandant au passage des slogans en soutien au processus du 25 juillet...Reportage.
"Le peuple veut Said de nouveau" ou encore "Non à l'ingérence étrangère", tels sont les principaux slogans scannés par les manifestants rassemblés hier devant le théâtre municipal à l'avenue Habib Bourguiba pour célébrer le quinzième anniversaire de la Révolution tunisienne.
Pour Rached Mathlouthi, le message est clair : « la Tunisie est l'affaire des Tunisiens et il est impossible de laisser des parties étrangères décider de notre sort. Fini le temps où le destin de la Tunisie est décidé à l'intérieur des ambassades et dans les bureaux des diplomates étrangers. Alors, nous sommes venus exprimer notre soutien à notre patrie que l'on veut indépendante et souveraine ».
Hanene Ben Hedi, mère de famille, nous a également confié : "Cette Révolution s'est déclenchée pour rendre au peuple tunisien sa dignité et au pays sa souveraineté. Malheureusement, ceux qui avaient gouverné au lendemain de la chute du régime de l'ancien président, feu Zine Al Abidine Ben Ali, avaient mis le sort de la Tunisie et des Tunisiens entre les mains des puissances étrangères.
Pis encore, de par leur politique, ils avaient fait sombrer le pays dans le chaos avec son lot de terrorisme et de misère. Alors, nous sommes aujourd'hui là pour revendiquer la rectification de la Révolution qui doit incarner de nouveau les objectifs pour lesquels le peuple tunisien s'était soulevé contre l'ancien régime, à savoir " le travail comme droit, la liberté comme acquis et la dignité comme fondement et base de notre contrat social avec l'Etat ".
Retour sur un rêve...
Drapeaux et banderoles aux mains, les manifestants ne pouvaient pas s'empêcher de se rappeler les moments forts de cette Révolution qui a bouleversé toute la carte politique dans le monde arabe et inspiré d'autres nations comme l'Égypte, la Syrie, le Yémen et la Libye.
En témoigne cette manifestante, une dame quinquagénaire, qui parlait à une autre militante en lui rappelant les vertus et les faux pas de la révolution du jasmin : « La révolution tunisienne du 17 décembre 2010-14 janvier 2011 a marqué un tournant majeur dans l’histoire politique du pays, en suscitant de larges attentes autour des valeurs de liberté, de dignité et de démocratie, symbolisées par la chute du président Zine El Abidine Ben Ali.
La période qui a suivi a été caractérisée par une transition complexe, confrontée à des défis économiques et sociaux, tels que le chômage, l’amélioration des conditions de vie et la lutte contre la corruption, ainsi que par des évolutions institutionnelles et politiques notables.
Malgré certains acquis en matière de libertés et de réformes institutionnelles, la satisfaction des revendications exprimées lors de la révolution, notamment celles liées à l’emploi, à la liberté et à la dignité nationale, demeure un processus en cours. Selon plusieurs analyses, l’expérience révolutionnaire tunisienne est ainsi passée d’une phase d’espoir à une phase de réévaluation, reflétant les attentes et les réalités d’une transition encore en construction», a-t-elle indiqué.
Interrogé en 2021, le directeur de l’Ecole politique de Tunis, Ahmed Idriss, avait justement dit que la révolution tunisienne n’est qu’une grande déception aux yeux des Tunisiens, car presque rien n’a changé après la date du 17 décembre 2010 jusqu'à cette date. La Révolution a perdu sa symbolique qui s’est peu à peu étiolée même si elle demeure un événement phare dans l’histoire de la Tunisie moderne. Une date chargée de souvenirs et de symboles.
Une grande partie du peuple tunisien estime que la dernière décennie n’est qu’une longue décennie bourrée de défaites et de déceptions, notant que la classe moyenne a été gravement touchée après la révolution et s’est de plus en plus appauvrie au fil des années…
M.B.S.M.

