Par Chokri Baccouche
L’hubris est certainement l’un des mots les plus puissants inventés dans la Grèce antique. Ce terme désigne, pour ceux qui l’ignorent, une arrogance excessive qui pousse un simple mortel à se hisser au rang des dieux ou à défier leur autorité.
Conceptualisé par David Owen, médecin et ancien ministre britannique, et Jonathan Davidson, un célèbre psychiatre, l’hubris est redéfini comme un syndrome qui affecte notamment les dirigeants politiques et se manifeste par une conviction de toute-puissance et un narcissisme poussé à l’extrême.
Il se traduit par une perte de réalité, une tendance à la paranoïa et une surestimation de ses capacités. Bref, l’hubris est un terme taillé sur mesure pour qualifier une personne extrêmement égocentrique, d’une mégalomanie maladive, qui se prend en somme pour dieu sur terre et se croit sorti de la cuisse de Jupiter. Owen et Davidson listent 14 symptômes pour diagnostiquer le syndrome de l’hubris chez les dirigeants ou les politiciens.
Il s’agit notamment d’une « vision narcissique du monde comme arène de gloire, une obsession pour l’apparence, une fusion des intérêts personnels avec ceux de la nation, une croyance en une quasi-omnipotence, et une déconnexion de la réalité par isolement ».
Mine de rien, on peut dire qu’il y a aujourd’hui pas mal de dirigeants politiques qui répondent à ces « critères sélectifs » de l’hubris et dont les dérives comportementales frisent le délire et donnent le tournis aux psys les plus rompus dans l’art de déceler le secret des personnalités les plus ambiguês et insondables.
Le président américain Donald Trump en fait certainement partie et on peut même affirmer sans risque de se hasarder qu’il est bien placé pour battre à plate couture tous ses concurrents dans ce registre. En à peine une année après son retour à la Maison Blanche, le milliardaire américain a réussi en effet la «remarquable performance» de mettre le monde sens dessus-dessous avec des perspectives qui font désormais craindre le pire.
L’hubris du nouvel ordre étatsunien version Donald Trump se vérifie à l’aune d’un impérialisme ultra-agressif, vorace et prédateur. Du Venezuela à l’Iran, en passant par le Groenland, Cuba, le Panama, le Canada, mais aussi vis-à-vis des alliés européens des Etats-Unis, le président américain déploie une stratégie léonine régie par la loi du plus fort et où le chantage à la guerre commerciale le dispute au mépris du droit international.
Aux yeux du fantasque chef de l’Exécutif U.S, les territoires, les ressources et les peuples ne sont que des marchandises à conquérir. Tout s’achète, se sanctionne ou se soumet. Derrière l’outrance, il y a une réalité stratégique au service des multinationales étatsuniennes : la ruée vers l’Arctique, ses richesses dans le sol et le sous-sol, sa route maritime stratégique et sa volonté d’y imposer sa loi face à la Chine et à la Russie.
Grisé par le succès tactique de la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro, Donald Trump poursuit son travail de sape du multilatéralisme, du droit international et des alliances savamment bâties par ses prédécesseurs. Il se prend pour le nouveau sheriff d’un Far West dont il serait le maître au nom de la doctrine Monroe. De l’Alaska au Cap Horn, il s’agirait désormais de son empire où il fait la loi, sa loi.
Comme sur un Monopoly géant, il achète et troque, il deale et pille les ressources naturelles au détriment de toute considération environnementale et économique et au mépris total du droit élémentaire du libre choix et de l’autodétermination des peuples. Il dérégule à tour de bras, considérant que son instinct est suffisant, remplaçant et la morale et le droit.
Donald Trump, qui ne porte pas en odeur de sainteté l’ONU et toutes ses structures, parce que trop rebelles à son goût et se rebiffent de plus en plus contre ses desideratas et ses diktats, s’en est allé même jusqu’à créer son propre « Conseil de la paix ». Il s’agit d’une organisation qui regroupe non pas les Nations unies mais les pays soumis aux oukases de celui qui se considère « l’empereur des empereurs » et le maître incontestable et incontesté d’un monde qu’il tient à mettre sous sa botte.
Le plus loufoque et risible dans cette affaire c’est que l’entrée dans ce club très select est fixée par le régent de la planète à 1 milliard de dollars. Comme quoi, « pute, soumise » et d’une générosité débordante n’est pas un slogan creux dans le domaine des relations internationales aujourd’hui.
Trump, un hubris horribilis doublé d’un chef d’Etat devenu un véritable danger pour la planète ? Nombreux sont les dirigeants ou les simples citoyens dans le monde à répondre à cette question par l’affirmative. Les premiers le pensent tout bas de peur de faire l’objet de sévères représailles, contrairement aux deuxièmes qui inondent les réseaux sociaux de critiques désobligeantes à l’égard du locataire de la Maison Blanche.
Faut-il laisser pour autant le président américain remodeler à sa guise la face du monde au gré de ses seuls intérêts sans réagir ? Ce serait une grave erreur aux conséquences incalculables que de laisser bien évidemment le monde sous l’emprise de l’arbitraire trumpien. L’issue de cette situation intenable et extrêmement dangereuse pour l’avenir de l’humanité ?
Seule une réaction concertée et collective de l’ensemble de la communauté internationale peut donner un élément de réponse tangible à cette question. Plus exactement, il faut sonner la résistance en exorcisant les démons de la peur…celle-là même qui nourrit justement l’appétit gargantuesque et les velléités prédatrices de Trump. Autrement dit, l’union fait la force contre l’oppression.
Si par malheur tel ne sera pas le cas, il ne reste plus aux peuples vulnérables notamment que de jeter leur dévolu pour s’en sortir sur la mythologie de l’antique Grèce : les Grecs croyaient que l’hubris attirait inévitablement la colère des dieux, qui voyaient cela comme une menace à leur suprématie. En conséquence, un châtiment était infligé, souvent sous la forme d’une némésis, une punition divine visant à rétablir l’ordre et à rappeler à l’homme sa condition mortelle.
Donald Trump connaîtra-t-il le sort tragique d’un certain Icare, qui vola trop près du soleil, ou Tantale qui vola aux dieux le nectar et l’ambroisie ? Quand on s’arroge le droit de se hisser au rang d’un dieu alors qu’on est un simple mortel, on court forcément le risque d’en subir, tôt ou tard, les fâcheuses conséquences. Les lois divines, de la nature ou des hommes s’associent d’ailleurs pour confirmer cette indiscutable vérité…
C.B.

