Une semaine après les inondations qui ont frappé plusieurs villes du nord de Tunisie, les crues continuent à handicaper la circulation automobile et à compliquer la mobilité des piétons dans beaucoup de quartiers.
Au Grand Tunis, durement touché par les intempéries, des routes transformées en pistes boueuses sont toujours impraticables alors que beaucoup d’habitants tentent de réparer les dégâts avec les moyens de bord en attendant de voir la Protection civile venir à leur rescousse.
Dans des reportages réalisés par certains journaux, des habitants peinent à nettoyer leurs maisons envahies par les crues et n’hésitent pas à exprimer leur désillusion face à un manque cruel d’entraide.
Au début, la réaction des autorités n’a pas été exemplaire mais, ensuite, toutes les structures compétentes se sont mobilisées et essaient avec les ressources disponibles de soulager les victimes des inondations.
L’accalmie relative observée ses derniers jours pourrait toutefois ne pas suffire pour remettre de l’ordre dans les zones sinistrées, d’autant plus qu’avec un climat de plus en plus imprévisible un nouvel épisode de crue pourrait intervenir à tout moment, ce qui risque de compliquer les choses pour tout le monde.
Ce sont, en effet, le manque d’anticipation et l’absence de stratégies de prévention en bonne et due forme contre les risques climatiques et les catastrophes naturelles qui inquiètent le plus.
Agir après coup est souvent perçu comme un signe d’échec et de faiblesse des politiques publiques, traduisant l’incapacité à anticiper les dangers et entrainant des pertes colossales. Une action publique efficace nécessite une vision stratégique et implique beaucoup de travail au niveau de la planification et de l’anticipation.
Très nombreux sont aujourd’hui les pays qui se trouvent exposés aux menaces climatiques et qui ont pu amortir leurs effets et réduire considérablement leurs dégâts grâce à l’anticipation. Les Pays-Bas est l’exemple le plus édifiant qui doit inspirer tous les pays confrontés aux inondations. Ce pays situé au nord-ouest de l’Europe a la particularité d’avoir près d’un tiers de son territoire situé sous le niveau de la mer.
Depuis de longues décennies, il a axé sa politique de gestion sur des infrastructures de pointe, une cartographie fine des zones à risque et des plans d’évacuation régulièrement mis à jour. Ses plans d’aménagement consistent à redonner de l’espace aux fleuves pour éviter des crues catastrophiques. Ce pays est aujourd’hui cité comme un modèle mondial de prévention contre les inondations.
L’autre exemple qui peut également inspirer la Tunisie pour rectifier ses plans de prévention contre les catastrophes est le Japon. Il y a certes tout un monde qui nous sépare du pays du Soleil levant côté développement et progrès technologique, mais la Tunisie peut toujours tirer beaucoup d’enseignements de son modèle de prévention et de gestion des catastrophes naturelles.
Régulièrement frappé par des typhons, des séismes et des inondations, le Japon a, lui, choisi d’investir massivement dans les systèmes d’alerte précoce, l’éducation des citoyens aux risques naturels et la construction d’infrastructures résilientes.
Des exercices d’évacuation sont organisés à grande échelle et la population est formée dès le plus jeune âge aux bons réflexes en cas de catastrophe, ce qui permet de limiter les pertes humaines malgré la violence des phénomènes.
Même des pays aux ressources limitées ont su tirer les leçons du passé. Le Bangladesh, longtemps considéré comme l’un des pays les plus vulnérables aux inondations et aux cyclones, a considérablement réduit le nombre de victimes grâce à des systèmes d’alerte, à la construction d’abris et à une meilleure planification de l’occupation des sols.
Résultat : ce pays, où les catastrophes naturelles comme les inondations faisaient dans le passé des dizaines de milliers de morts, déclare aujourd’hui des pertes humains et économiques beaucoup moins lourdes.
La résilience face aux effets du changement climatique n’est autre que le fruit de choix politiques courageux, d’investissements durables et d’une volonté réelle d’anticiper plutôt que de subir. La Tunisie, confrontée à des épisodes climatiques extrêmes de plus en plus fréquents, doit adopter une véritable culture de la prévention.
H.G.

