Par Chokri Baccouche
Le sénat français s’apprête à examiner, demain lundi 26 janvier 2026, la proposition de loi visant à lutter contre les « formes renouvelées de l’antisémitisme ». Adopté par la Commission des lois de l’Assemblée il y a quelques jours, le nouveau texte, très controversé du reste, ouvre un débat sensible sur les limites de l’intervention pénale dans le champ de l’expression politique et divise aussi bien l’opinion publique que la classe politique dans l’Hexagone.
Il faut dire que le projet transpire par toutes ses pores une partialité aveugle à l’égard d’Israël et du sionisme plus exactement. Il vise ni plus ni moins à procurer à l’entité sioniste et ses dirigeants une immunité de fait qui les met à l’abri de toute critique, et ce, même s’ils commettent les pires atrocités comme c’est le cas actuellement.
La nouvelle loi entend ainsi élargir la répression des propos liés à l’État d’Israël en prohibant certaines comparaisons historiques, en interdisant des slogans utilisés dans des mobilisations pro-palestiniennes parmi lesquels « From the River to the Sea » (« De la rivière à la mer, la Palestine sera libre ») et en sanctionnant pénalement les discours contestant l’existence ou la légitimité de l’État israélien. Il prévoit également de pénaliser toute justification ou légitimation des attaques du 7 octobre.
Bref, sous couvert de la lutte contre la haine et l’intolérance, les nouvelles dispositions resserrent dangereusement le cadre du débat public et font peser une lourde menace sur la liberté d’expression.
Dans les faits et si d’aventure cette loi venait à être adoptée, la moindre critique à l’égard d’Israël sera considérée en effet comme un acte antisémite. Que l’armée sioniste massacre sans retenue les populations civiles dans les territoires occupés et commette les pires exactions, il est vivement conseillé de garder pour soi son avis et éviter d’émettre le moindre reproche, au risque de subir de sévères représailles juridiques.
Aïe, aïe, dans cette France, berceau de la Déclaration universelle des droits de l’homme… tous les hommes ne sont pas logés à la même enseigne. Les dirigeants sionistes vont peut-être avoir droit sous peu à un traitement de faveur sans nul autre pareil dans l’histoire. Quoi qu’ils fassent, ils seront désormais protégés par une loi en règle qui les prémunira des « mauvaises remarques et des reproches déplacés ». Une loi qui les rendra plus intouchables que jamais.
Encore plus qu’ils ne le sont jusqu’alors. Une loi taillée sur mesure qui vise en réalité à faire taire les voix qui dénoncent le génocide à Gaza et qui cherche à étouffer la vérité dans cette enclave sinistrée oubliée des dieux et des hommes.
C’est pour ces mêmes raisons d’ailleurs que l’armée sioniste a fait des journalistes palestiniens une cible de choix. Les snippers de cette armée « la plus morale du monde » ont reçu, selon plusieurs sources dignes de foi, un ordre direct de Netanyahu de massacrer tous ces « trouble-fêtes » qui rapportent par le son et l’image les preuves formelles du génocide au péril de leur vie. Plusieurs centaines de journalistes ont ainsi trouvé la mort depuis le déclenchement de la guerre.
Pour le Premier ministre israélien et ses sbires, le nettoyage ethnique dont sont l’objet les Palestiniens doit se passer à huis-clos. Sans preuve ni trace. A la manière d’une pègre de la pire espèce qui impose son omerta. Comme si ce peuple à la civilisation millénaire n’avait jamais existé.
Bref, en France et comme l’a si bien souligné la députée communiste de la 1ère circonscription des-hauts-de-Seine, Elsa Faucillon, on s’apprête à « construire une bataille antiraciste sur les murs du colonialisme ». Autrement dit, on prend fait et cause quelque part pour ce colonialisme hideux, inhumain, juridiquement condamnable et politiquement inacceptable.
Le droit ne peut et ne doit pas protéger et dédouaner les criminels de guerre et c’est d’ailleurs une insulte au bon sens et à l’intelligence que cette nouvelle loi ait été soumise alors qu’un certain Netanyahu et certains de ses acolytes font l’objet d’un mandat d’arrêt émis par la Cour Pénale Internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Par souci d’équité et de justice, les politiciens français seraient certainement bien inspirés de changer leur fusil d’épaule et se rendre à l’évidence que taire un crime revient non seulement à cautionner la violence et le non-droit mais, pis encore, se faire complice.
S’il est communément admis que dénoncer un criminel est une obligation légale et morale, les députés de l’Hexagone gagneraient à faire la part des choses, car l’antisionisme ne peut et ne doit pas être considéré comme un acte antisémite.
La condamnation d’Israël et de sa politique génocidaire, amplement justifiée par des preuves formelles et sans équivoque, ne saurait être confondue avec l’antisémitisme, une rhétorique devenue d’ailleurs un ingrédient compatible à toutes les sauces et qui sert souvent de prétexte pour justifier l’injustifiable.
On ose espérer que les députés français sauront, en définitive, rectifier le tir en se rendant à l’évidence que la parole libre est non seulement un droit constitutionnel commun à l’écrasante majorité des pays dits démocratiques, mais également et surtout le dernier rempart contre la tyrannie et la barbarie, comme celles qui sévissent actuellement au Moyen-Orient…
C.B.

