La 56e réunion annuelle du Forum économique mondial s’est achevée à Davos dans un climat d’inquiétude rarement égalé. En Suisse, les dirigeants politiques, économiques et financiers n’ont pas seulement débattu de croissance, d’innovation ou de transition énergétique : ils ont surtout tenté de comprendre un monde en perte de repères, miné par des crises multiples et par une hostilité croissante dans les relations internationales.
Au cœur de ces tensions, une figure a plané sur les débats comme un spectre : Donald Trump, dont le retour offensif sur la scène mondiale symbolise une ère de chaos assumé et de division systématique.
Davos a longtemps incarné l’idée d’un dialogue global, fondé sur le multilatéralisme et la coopération. Or, l’édition 2026 a mis en lumière l’effritement accéléré de cet esprit. Les discours ont révélé une peur diffuse : celle d’un monde qui glisse vers une logique brutale de rapports de force, où les règles communes sont balayées par des décisions unilatérales.
L’attitude de Donald Trump, ouvertement hostile aux institutions internationales, aux alliances traditionnelles et au droit international, apparaît comme l’un des catalyseurs majeurs de cette dérive.
Depuis son retour au centre du jeu politique mondial, Trump ne dissimule plus son mépris pour l’ordre international établi. À Davos, nombre de dirigeants ont évoqué, parfois à mots couverts, l’impact dévastateur de ses prises de position : menaces de sanctions tous azimuts, chantage économique, instrumentalisation des conflits et remise en cause des engagements multilatéraux.
Cette diplomatie de la confrontation permanente ne cherche pas à résoudre les crises, mais à les exploiter, quitte à attiser les fractures entre nations et au sein même des sociétés.
Les conséquences économiques de cette hostilité ont été largement débattues. La guerre commerciale, redevenue un outil politique banal, fragilise les chaînes d’approvisionnement mondiales et accentue l’instabilité des marchés.
Sous l’impulsion de Trump, le protectionnisme s’impose comme une vertu, alors qu’il nourrit l’inflation, pénalise les économies les plus vulnérables et creuse les inégalités. À Davos, plusieurs intervenants ont reconnu que cette stratégie du « chacun pour soi » sape les fondements mêmes de la mondialisation, sans offrir d’alternative viable.
Sur le plan géopolitique, l’attitude de Trump agit comme un accélérateur de conflits. En soutenant aveuglément certains alliés et en diabolisant systématiquement ses adversaires, il alimente une polarisation dangereuse du monde. Le langage de la menace remplace celui de la diplomatie, et la force prime sur le compromis.
Cette posture, loin de renforcer la stabilité internationale, banalise la violence politique et affaiblit les mécanismes de régulation collective mis en place après des décennies de conflits.
La question climatique illustre également ce sabotage méthodique de l’intérêt commun. Alors que la planète fait face à une urgence existentielle, l’hostilité de Trump envers les accords environnementaux et les engagements climatiques freine toute avancée sérieuse.
À Davos, les discours sur la transition écologique sonnaient creux face à l’absence de leadership crédible des grandes puissances, prisonnières de calculs politiques à court terme. Le nationalisme énergétique devient ainsi une arme idéologique, au détriment des générations futures.
Plus profondément, Trump incarne une vision du monde fondée sur la division. Division entre nations, entre alliés, entre gagnants et perdants d’un système qu’il prétend combattre tout en l’exacerbant. Cette rhétorique agressive trouve un écho inquiétant dans d’autres régions du globe, où des dirigeants s’inspirent de ce modèle pour justifier l’autoritarisme, le repli identitaire et le mépris des normes internationales. Davos a ainsi mis en évidence un effet de contagion : le chaos n’est plus une anomalie, mais un mode de gouvernance.
À l’issue de cette 56e édition, une question demeure : Davos peut-il encore être un lieu de solutions, ou n’est-il plus que le témoin lucide d’un monde qui se fracture ? Face à l’hostilité trumpienne, les appels à la coopération et au dialogue paraissent fragiles, presque naïfs. Pourtant, ils restent indispensables. Car céder à la logique du chaos, c’est accepter la loi du plus fort et renoncer à toute idée de justice internationale.
En définitive, Davos 2026 restera comme le reflet d’un moment critique de l’histoire mondiale, où l’avenir de l’ordre international se joue entre coopération et confrontation. Tant que l’hostilité, incarnée par Trump, continuera de dicter l’agenda global, le monde restera prisonnier de la division. Le véritable défi n’est plus seulement économique ou géopolitique : il est moral et politique. Il s’agit de choisir entre un avenir commun ou un chaos durable.
J.H.

