Chaque année, il y a comme un sentiment de déjà-vu. Tellement les Tunisiens sont acculés à revivre le même calvaire devant l’impuissance aberrante des pouvoirs publics. Une impuissance qu’un ancien chef du gouvernement avait une fois tenté de maquiller par une fermeté mensongère lorsqu’il a clamé, un certain mois de septembre de 2020, qu’en Tunisie «nous n’avons plus le droit d’être surpris par les inondations ».
Cinq ans passés et voilà qu’on est toujours pris au dépourvu par les épisodes des grandes pluies pourtant prévisibles mais qui continuent à faire des dommages impressionnants dans les infrastructures et les habitations.
En dépit des mesures préventives mises en place, notre pays continue de subir des événements catastrophiques liés aux inondations. La gestion de ces catastrophes reste toujours confrontée à des défis majeurs.
En particulier le manque de données précises et fiables qui entrave les efforts de prévision et d’atténuation comme l’avaient déjà montré les inondations de septembre 2018 à Nabeul.
Cette catastrophe a révélé des lacunes majeures dans la gestion des crises d’inondation. La réponse était fragmentée et non structurée, se basant sur des ressources très limitées et de l’implication des citoyens.
En effet, l’expérience montre que, jusqu’à présent, les démarches de prévention contre les inondations n’impliquent généralement pas la population. Cette méthodologie présente des limites.
En effet, elle tend à négliger le vécu, les connaissances et les préoccupations réelles des habitants directement confrontés aux catastrophes. Les habitants qui affrontent quotidiennement les différentes problématiques qui aggravent les effets des inondations sont capables de fournir des données précieuses permettant de mettre en œuvre des solutions innovantes, adaptées et plus efficaces. De plus, une approche plus participative favorisant l’adhésion des citoyens renforce son impact et sa pérennité.
Les travaux de recherche sur le sujet des inondations en Tunisie offrent des données particulièrement précieuses qui mettent en exergue la complexité du problème et identifient les facteurs naturels et humains aggravant le fléau.
La vulnérabilité de notre pays face aux inondations y a été examinée sous divers angles grâce à des approches pluridisciplinaires qui mettent en avant la nécessité d’une vision intégrée pour diagnostiquer et atténuer ce risque persistant.
Le lien de causalité avec les dérèglements climatiques, bien qu’incontestable, ne devait toutefois pas servir d’alibi aux décideurs pour justifier l’échec de leurs politiques de prévention.
Car, il semble qu’au fur et à mesure de la succession des calamités, les autorités tendent à brandir l’argument climatique comme étant une fatalité face à laquelle s’exonèrent toutes les responsabilités.
Or, les catastrophes naturelles ne deviennent dévastatrices que lorsqu’elles rencontrent des territoires mal préparés, des infrastructures défaillantes et des institutions incapables d’anticiper.
L’absence de maintenance des ouvrages hydrauliques, le retard dans la modernisation des systèmes d’alerte, la faiblesse de la coordination interinstitutionnelle et le déficit de culture du risque constituent autant de facteurs aggravants qui relèvent non pas du climat, mais bien de choix politiques et administratifs.
H.G.

