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Intempéries : Dame nature, mais aussi des corrompus...

Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI

Suite à ses visites à plusieurs régions inondées, le chef de l'État a pointé du doigt des entrepreneurs corrompus et des comportements irresponsables comme causes directes des dégâts enregistrés lors des dernières intempéries. Que compte faire le gouvernement pour remédier à ces défaillances?

"En déplacement dans plusieurs régions sinistrées, le président Kaïs Saïed a vivement mis en cause les pratiques de corruption, les défaillances dans les études techniques et la prolifération des constructions illégales, qu’il considère comme des facteurs majeurs ayant aggravé les dégâts des récentes inondations ", rapporte l'agence officielle TAP dans un communiqué relayé par Webdo.

S'adressant, en effet, à la gouverneure de Nabeul, lors de sa visite à la délégation de Hammamet mercredi dernier, le chef de l’État a estimé que  "l’infiltration des eaux de pluie dans les habitations est le résultat direct de cumul de pratiques de corruption, de dossiers d’études non sérieuses, ainsi que de la prolifération des constructions anarchiques et illégales, réalisées en dehors de tout cadre réglementé ".

A rappeler que la  corruption dans les marchés publics en Tunisie représente un coût économique majeur, estimé par plusieurs  sources  à 25 % de la valeur des marchés publics, soit potentiellement des milliards de dinars de pertes annuelles, réduisant l'efficacité des investissements publics et freinant le développement, avec des pratiques incluant pots-de-vin, favoritisme et surfacturation.

Le président de la République a, en outre,. affirmé qu'il est   "impossible de résoudre ces problèmes sans une reddition de comptes réelle et l’assomption des responsabilités par tous ceux qui ont contribué à créer ces conditions".  Que compte, alors, faire le gouvernement pour remédier à ces défaillances ?

A cet effet, l'expert en travaux publics, Rached Mathlouthi, nous a indiqué : " Certes, les conclusions tirées par le chef de l'État, Kais Saied, sont un constat réel de la nonchalance et des malversations ayant accompagné tous les chantiers relatifs à la réalisation des projets portant sur la modernisation de l'infrastructure, notamment celle de l'assainissement et de la voirie, mais l'urgence est aujourd'hui à la mise en place des conseils municipaux qui doivent agir sur plusieurs axes et particulièrement les constructions anarchiques qui continuent à pousser comme des champignons un peu partout en Tunisie.

Cela demande beaucoup de courage pour mettre aux normes les zones dans lesquelles ces constructions ont été bâties. Il faut prendre des mesures douloureuse telles que la démolition et procéder a la réhabilitation urbaine de ces zones. Seuls les conseils municipaux peuvent engager ces travaux sous le contrôle strict de l'Etat ".

Assainissement tous azimuts ...

Afin d'éviter ces catastrophes et rendre nos villes plus sûres, les experts appellent à des opérations d'assainissement généralisées. A cet effet, Me Houssem Eddine Ben Aitya nous a indiqué : " Il ne s'agit plus uniquement d'assainissement tout court, qui est de la compétence de l'Office national de l'assainissement, mais aussi de l'administration qui est gangrénée par la corruption. Les marchés publics coûtent, en effet, à l'Etat plus de 2 milliards de dinars par an.

Cette corruption prend des formes différentes comme les pots-de-vin et surfacturation ; paiements illégaux pour obtenir des contrats ou gonfler les prix, le népotisme et le favoritisme ; favoriser des proches ou des entreprises alliées, l'extorsion ; obtenir de l'argent sous la contrainte, détournement de fonds; vol direct des ressources publiques et le manque de transparence; processus d'appel d'offres opaques, le detournement des fonds publics ; réduction des investissements dans les services essentiels, la distorsion de la concurrence ; défavoriser les entreprises honnêtes, affaiblissement des institutions; mettre en péril la démocratie et la stabilité et impact social; appauvrissement des populations et aggravation des inégalités ".

Et d'ajouter : " Il faut aligner l'octroi des marchés publics aux normes internationales afin d'éviter les dépassements qui sont devenus monnaie courante en Tunisie et avec ces catastrophes qui causent des dégâts matériels et humains ".

Pour l'expert Rached Mathlouthi: "  Moderniser les infrastructures d'eaux pluviales implique de passer d'une gestion "tout tuyau" à une gestion intégrée et durable, en privilégiant l'infiltration à la source (pavés drainants, jardins de pluie, végétalisation) et le stockage temporaire (bassins, espaces verts multifonctionnels), afin de réduire le ruissellement, recharger les nappes, lutter contre les îlots de chaleur et diminuer les risques d'inondation, grâce à des solutions innovantes et des plans d'action ambitieux ".

M.B.S.M.

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