Par Hassan GHEDIRI
Aujourd’hui, neuf mois depuis que ce protectionnisme américain est devenu effectif, il paraît que la Tunisie a subi des dommages collatéraux importants…
La guerre commerciale déclarée au printemps 2025 par le président américain aux grands acteurs du commerce international a chamboulé l’ordre économique mondial. Ne jurant que par les intérêts de son pays, Donald Trump continue à souffler le chaud et le froid sur les marchés et à rabattre les cartes des relations des Etats-Unis avec les adversaires et les alliés. Les droits de douane, l’arme de guerre commerciale américaine : Voilà comment la Tunisie encaisse les contrecoups
Rappelons-nous la cérémonie de prestation de serment, il y presque un an jour pour jour, à la Maison Blanche, lorsque Trump a dévoilé son plan de protectionnisme commercial avec une déclaration de guerre aux géants du commerce international, spécialement la Chine et l’Union européenne, avant d’élargir son offensive, quatre mois plus tard, en brandissant, depuis le bureau ovale, une longue liste de pays auxquels a été décidé d’infliger des droits de douane additionnels oscillant entre 10 et plus de 50%.
La Tunisie, qui n’a pas été épargnée par cette offensive douanière, s’est vue taxer à hauteur de 28%, soit plus que l’UE (20%). Une décision qui avait été alors justifiée par le principe de réciprocité par l’administration américaine avec notre pays qui, selon Washington, imposait des droits de douanes de 55% sur les importations américaines.
Il faut dire que tous les observateurs avaient sous-estimé l’impact de cette augmentation des taxes sur la balance commerciale bilatérale. L’on avait alors expliqué que le solde de la balance commerciale de la Tunisie avec les USA est toujours favorable à notre pays d’autant plus que les échanges ont un poids presque insignifiant dans le commerce extérieur global de la Tunisie.
Etant dominées par des produits agricoles, notamment l’huile d’olive et les dattes, les exportations tunisiennes bénéficiaient d’une exonération quasi-totale des droits de douane à l’entrée du marché américain. Les spécialistes étaient donc unanimes à considérer que les effets du renforcement des barrières douanières à l’encontre de Tunisie seront presque négligeables.
Bilan
Aujourd’hui, neuf mois depuis que ce protectionnisme américain est effectif, il paraît que la Tunisie a bel et bien encaissé des contrecoups assez sévères. C’est, en tout cas, ce qu’a tenté de le montrer Larbi Benbouhali, expert-conseiller en développement des entreprises installé en Australie.
En commentant les chiffres de l’INS sur le déficit commercial, Benbouhali a estimé que la Tunisie est en train de subir des dommages collatéraux considérables des suites de la guerre commerciale déclarée par l’administration américaine à des partenaires commerciaux de premier plan de notre pays.
Et l’expert d’expliquer, dans une analyse publiée dans un post sur un réseau social, que lorsque le président Trump a imposé des droits de douane élevés sur les produits chinois et turcs, ces deux pays ont immédiatement baissé leurs prix et réorienté leurs exportations vers d'autres destinations. L'Afrique dans son ensemble a ainsi reçu 25 % d'importations supplémentaires en provenance de Chine et de Turquie par rapport à 2024.
Conséquence : la Tunisie s’est trouvée au cœur de cette bataille et c’est ce que Benbouhali a essayé de prouver par les chiffres. Il souligne qu’en 2025, lorsque l’administration Trump a imposé des droits de douane élevés sur les produits turcs et chinois entrant aux Etats-Unis, la Tunisie a été indirectement affectée.
Au cours de l’année écoulée, notre pays a en effet vu ses importations en provenance de Chine et de Turquie bondir respectivement de 20,2 et 14,8%, comme le montrent les statistiques officielles de l’INS. Ces deux pays avaient réorienté leurs exportations vers les pays africains par une stratégie de dumping à bas prix en réaction aux restrictions douanières instaurées par Trump.
Plus concrètement, au cours de 2025, explique l’expert, les importations tunisiennes de biens de consommation ont augmenté de 11 % pour atteindre 2 341 millions de dinars. La plupart des produits de contrebande dans l'économie parallèle étant fabriqués en Chine et en Turquie à un prix inférieur, la demande de produits importés bon marché a augmenté, aggravant ainsi le déficit commercial.
Selon les chiffres publiés par les autorités chinoises, l’Empire du milieu avait clôturé l’année 2025 avec un excédent commercial historique de 1200 milliards de dollars. Cela signifie que les droits de douane imposés par les USA ont eu un impact marginal sur les exportateurs chinois et sur l’économie global de leur pays.
En effet, conclut Benbouhali, la Chine a pu écouler ses excédents de production vers les pays africains, notamment la Tunisie, et la Turquie a connu une situation similaire en augmentant ses exportations vers le reste du monde. Ce phénomène a aggravé le déficit commercial tunisien. D’où l’urgence pour la Tunisie d’en tirer les enseignements et de réagir pour amortir le choc de cette guerre commerciale mondiale sur la résilience de l’économie nationale.
H.G.

