Par Imen Abderrahmani
La Cinémathèque tunisienne ouvrira ses portes, à partir de demain et jusqu’au 13 mars, proposant un programme ramadanesque, mettant en lumière des fragments du patrimoine audiovisuel national.
Les cinéphiles et surtout ceux qui apprécient l’univers magique et poétique de Nacer Khémir seront bien servis grâce à cette programmation exceptionnelle que propose la Cinémathèque tunisienne, durant ce mois saint. Entre poésie du désert, hommages à des figures majeures du cinéma tunisien et célébration de l’art du conte, cette programmation conjugue mémoire, spiritualité et imaginaire, allant avec les ambiances particulières de ce mois.
Le temps fort de cette édition est la projection de la « Trilogie du désert », œuvre magistrale et mystique de Nacer Khemir. Composée de « Les Baliseurs du désert » (1984), « Le Collier perdu de la colombe » (1991) et « Bab’Aziz, le prince qui contemplait son âme » (2005), cette fresque cinématographique explore la culture arabo-musulmane, le soufisme et la magie du désert dans une esthétique onirique d’une rare puissance.
Le coup d’envoi sera donné demain, à 21h30, à la salle Taher Cheriaa, avec la projection du film « Les Baliseurs du désert ». Le film suit un instituteur nommé dans un village isolé du Sud tunisien pour y enseigner la grammaire ; il y découvre un univers singulier où les enfants rêvent de faire éclore un jardin au cœur du désert, tandis que les hommes en recherchent les confins. Peu à peu envoûté par l’immensité de sable, par l’amour naissant pour la fille du cheikh et par le chant andalou des baliseurs, il se laisse happer par un monde où le réel et la magie s’entrelacent pour magnifier la beauté du désert.
Suite à ce premier rendez-vous avec le désert, les cinéphiles sont conviés le 27 février à plonger dans la poésie arabe classique avec « Le Collier perdu de la colombe ». La clôture de cette bouffée d’oxygène cinématographique et de cette trilogie sera avec « Bab’Aziz, le prince qui contemplait son âme ». Film phare du cinéma tunisien, marquant par ses images et sa palette chromatique, il suit le voyage initiatique d’une petite fille guidant son grand-père aveugle vers une grande réunion de derviches, croisant sur leur chemin des âmes en quête de sens.
Mémoire et reconnaissance
Outre ces trois œuvres de Nacer Khémir, la Cinémathèque rend également hommage au chef opérateur et réalisateur Ahmed Bennys à travers la projection de la version restaurée de son court-métrage d’animation « La Mohammedia ». Sorti en 1974 et d’une durée de 32 minutes, ce film a remporté l’année même le Tanit de bronze des Journées cinématographiques de Carthage (JCC). Il demeure une pièce essentielle du patrimoine audiovisuel national.
À travers un langage cinématographique singulier où le conte populaire occupe une place centrale, « La Mohammedia » revisite une période charnière de l’histoire tunisienne. Le film met en lumière la modernisation ambitieuse engagée par le Bey Ahmed Ier après son voyage en France. Cette modernisation a entraîné l’Etat dans un endettement lourd, ouvrant la voie à de profonds bouleversements politiques qui conduiront progressivement à l’instauration du protectorat.
Un 2ème hommage rythme également le programme. La Cinémathèque célèbre le parcours de Hmida Ben Ammar, qui nous a quittés le 15 décembre 2025. Figure marquante de la scène artistique nationale, il a marqué de son empreinte le cinéma documentaire tunisien par une œuvre prolifique et engagée. Deux de ses œuvres seront projetées à cette occasion : « La Zitouna au cœur de Tunis » (1982) et « Wijedene » (2012), témoignant de son regard sensible sur le patrimoine et l’identité tunisienne. Les deux films seront projetés lors de la soirée de clôture de cette programmation spéciale, le 13 mars, à partir de 21h30.
Il est à noter que dans le cadre de cette programmation qui fait du cinéma un espace de contemplation et de reconnaissance, une soirée consacrée à l’art du conte et à l’image cinématographique se tiendra le vendredi 6 mars 2026 à 20h30 à la Galerie Hammadi Essid. Animée par le conteur Youssef Baklouti, cette rencontre promet un dialogue vivant entre oralité et image, dans l’esprit des veillées ramadanesques où la parole, la mémoire et l’imaginaire se transmettent à la lueur des récits.
Imen. A.

