La Tunisie consolide ses dispositifs de soutien aux industries culturelles et créatives (ICC) dans un contexte mondial marqué par un risque de recul de 24 % des revenus des artistes d’ici 2028 sous l’effet de l’intelligence artificielle générative, selon la quatrième édition du rapport Re|penser les politiques en faveur de la créativité, publiée mercredi par l’UNESCO.
Fondé sur des données provenant de plus de 120 pays, le rapport analyse l’impact des mutations numériques sur les politiques culturelles, la liberté artistique et la viabilité économique des créateurs.
Selon les projections citées, l’essor de l’IA générative pourrait entraîner d’ici 2028 un recul de 24 % des revenus des créateurs de musique et de 21 % pour les professionnels de l’audiovisuel à l’échelle internationale.
● Politiques culturelles tunisiennes mentionnées dans le rapport
Le document mentionne la Tunisie parmi les États ayant soumis un Rapport périodique quadriennal (2021-2024) dans le cadre de la Convention de 2005.
Il relève les initiatives en faveur des startups, réaffirmées dans la Stratégie nationale de transformation digitale 2021-2025. Le programme « Startup Invest », comprenant un fonds de garantie et un incubateur de sociétés de gestion, facilite l’accès des entreprises créatives à des financements dédiés à l’innovation.
Le rapport cite également la Cité de la Culture, complexe de neuf hectares regroupant des infrastructures dédiées à la musique, à l’opéra, au ballet, à la chorégraphie et au théâtre, présentée comme un pôle structurant de l’offre culturelle.
Au titre de l’inclusion territoriale, le programme TACIR (Talents-Arts-Créativité-Inclusion-Recherche), lancé en 2023 par l'Association Multimédia et Audiovisuel (Amavi), vise l’insertion professionnelle de jeunes vulnérables dans les régions de l’ouest. La phase pilote a mobilisé plus de 900 participants et permis la mise en place de partenariats régionaux et de laboratoires opérationnels. En 2024, le programme a bénéficié du Fonds international pour la diversité culturelle de l’UNESCO.
Le rapport souligne par ailleurs la mise en place d’un mécanisme annuel de financement des associations culturelles, avec des critères révisés en 2023 conformément aux principes de la Convention de 2005.
Il mentionne enfin des consultations menées avec des artistes et professionnels afin d’affiner le projet de loi relatif au statut de l’artiste et de préparer ses textes d’application.
● Principaux indicateurs mondiaux relevés par le rapport
À l’échelle mondiale, 85 % des pays intègrent les industries culturelles et créatives dans leurs plans de développement, mais seuls 56 % ont fixé des objectifs culturels précis.
Le commerce mondial des biens culturels a atteint 254 milliards de dollars en 2023, dont 46 % proviennent des pays en développement, qui ne représentent toutefois qu’un peu plus de 20 % du commerce mondial des services culturels.
Les revenus numériques représentent désormais 35 % des recettes des créateurs, contre 17 % en 2018, tandis que seuls 48 % des pays produisent des statistiques sur la consommation culturelle numérique.
Le financement public direct de la culture demeure inférieur à 0,6 % du PIB mondial.
Seuls 61 % des pays disposent d’organismes indépendants chargés de surveiller la liberté artistique et 37 % déclarent avoir mis en place des dispositifs spécifiques de protection des artistes.
La proportion de femmes dirigeant des institutions culturelles nationales est passée de 31 % en 2017 à 46 % en 2024.
Face à ces constats, l’UNESCO appelle les États à adapter leurs cadres réglementaires, fiscaux et sociaux afin de garantir une rémunération équitable et de préserver la diversité des expressions culturelles dans un environnement numérique en mutation rapide.

