Le Tanit d'or des Journées théâtrales de Carthage (JTC), Grand Prix des "Saisons de la Création" 2025, la pièce "Les Fugueuses" de Wafa Tabboubi vient de décroché le grand prix du Festival du Théâtre Arabe du Caire.
La pièce tunisienne "Les Fugueuses", écrite, mise en scène et scénographiée par Wafa Tabboubi, a été présentée le mercredi 14 janvier 2026 dans le cadre de la compétition officielle du Prix Cheikh Dr Sultan Bin Mohamed Al Qasimi du meilleur spectacle, lors de la 16ᵉ édition du Festival du Théâtre Arabe, en République arabe d’Égypte. Cette nouvelle consécration confirme la place singulière de sa créatrice sur la scène théâtrale arabe contemporaine.
Coproduite par le Théâtre National Tunisien (TNT) et Ostoura Productions, avec le soutien du ministère des Affaires culturelles, "Les Fugueuses" s’est imposée dès sa création en remportant nombreux grands prix. Cette distinction marque une étape importante dans le parcours artistique de Wafa Tabboubi, qui signe ici un spectacle d’une grande cohérence esthétique et dramaturgique.
Sur scène, six comédiens (Fatma Ben Saidane, Mounira Zakraoui, Lobna Noômane, Oussama Hnayni, Oumaima B’hiri et Sabrine Ben Amor) évoluent dans un dispositif volontairement épuré. Le décor minimaliste laisse toute la place à la puissance du jeu, aux silences et aux regards, faisant de l’émotion le véritable moteur de la représentation.
Cette attente qui tue
L’action se déroule dans une gare, lieu de passage et d’attente. Cinq femmes et un homme y patientent pendant quatre-vingt-deux minutes, « celle qui ne viendra pas ». Cette attente, loin d’être anodine, devient une expérience vertigineuse, une suspension du temps où les certitudes se fissurent. Peu à peu, l’espace se transforme en labyrinthe intérieur, révélant peurs, désirs de fuite et désillusions. Lorsque l’absence devient définitive, les personnages se retrouvent face au vide, entre un passé révolu et un avenir incertain.
Par un subtil jeu de clair-obscur, la lumière traduit l’état de désarroi des personnages, oscillant entre ombre et lueur fragile. Ce langage visuel renforce l’atmosphère d’étrangeté et plonge le spectateur au cœur des tourments humains.
Le rythme du spectacle, alternant tension et accalmie, accompagne les trajectoires de personnages issus de milieux marginalisés : une femme de ménage abandonnée, une enseignante précaire, une jeune diplômée sans avenir, une ouvrière exploitée, une ramasseuse de plastique épuisée et un ouvrier accablé par les dettes. À travers ces figures, Wafa Tabboubi esquisse le portrait d’une société minée par la pauvreté, l’exclusion et l’injustice sociale.
Avec "Les Fugueuses", la metteuse en scène prolonge une écriture théâtrale à résonance existentialiste, dans la continuité avec ses précédentes oeuvres "Les Veuves" et "La Dernière". La pièce résonne comme un cri lucide : lorsque toute échappée est impossible, seule la conscience permet de rester debout.
Œuvre à la fois engagée et profondément humaine, "Les Fugueuses" affirme un théâtre qui interroge, dérange et invite à la réflexion, faisant de la scène un espace de vérité et de résistance.

