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Arts plastiques - Mohamed Akram Khouja : Peindre le mythe, repenser le monde

Par Imen ABDERRAHMANI

Des mythes anciens aux gestes spontanés des enfants, Mohamed Akram Khouja tisse une œuvre narrative où l’art devient un espace de mémoire, de liberté et de transmission, en témoigne sa dernière exposition « Elissa au pays des merveilles ».  

Artiste plasticien, graphiste, enseignant et galeriste, il fait partie de ces figures essentielles qui œuvrent loin des effets de surface, mais dont l’impact structure durablement la scène artistique tunisienne, notamment à Mahdia et à Sousse. On le croise ici et là : exposant ses propres œuvres, initiant les enfants au monde des couleurs, accompagnant des artistes dans sa galerie, accueillant visiteurs avertis ou simples curieux venus découvrir une exposition…

Chez Mohamed Akram Khouja, l’art ne se pratique pas : il se vit, il se transmet, il se partage. C’est sa devise et c’est peut-être là que réside sa plus grande force.

L’esthétique naïf-expressionniste, narrative et symbolique, l’artiste puise son inspiration dans l’histoire, le patrimoine, les mythes tunisiens et également dans cet univers enfantin libre et spontané. Le résultat : une œuvre qui touche les petits comme les grands.

Une œuvre visuelle à libre interprétation où se côtoient en une étrange harmonie le capitole de Dougga avec les ksour de Tataouine et l’aqueduc de Zaghouan avec la tour de l’horloge de l’avenue Habib Bourguiba ou encore le symbole de Tanit avec ces poissons de toutes les couleurs et formes ou ces fleurs et tortues multicolores.  

Tous au pays des merveilles ! 

Peuplant ses compositions par des créatures à l’allure étrange mais bienveillante, Mohamed Akram Khouja reconstruit le monde à sa manière, interrogeant le passé autant que le présent.

Cette démarche est au cœur de son projet artistique « Elissa au pays des merveilles » dont les œuvres ont été exposées en décembre dernier à l’Institut français de Sousse et au Salon des arts plastiques à Mahrès et qui seront bientôt visibles à Tunis, lors d’une exposition dont la date n’est pas encore définitivement fixée. 

Inspiré du célèbre « Alice au pays des merveilles » de Lewis Carroll, cette œuvre centenaire qui continue d’émerveiller toutes les générations, l’artiste en propose une relecture singulière, nourrie par l’histoire et les mythes tunisiens. 

Loin des adaptations classiques, Mohamed Akram Khouja affirme sa propre vision. En jouant sur la résonance entre Alice et Elissa (Didon), il déploie un récit visuel où l’imaginaire dialogue avec la mémoire collective et où le mythe devient matière vivante.

Loin de Carthage, la reine devient ici voyageuse, rêveuse, presque enfant, évoluant dans un univers inspiré d’ « Alice au pays des merveilles ». Mythe et conte s’y entremêlent, la douleur se métamorphose en poésie. 

« À travers la technique du dessin narratif, je raconte les multiples visages d’Elissa : femme souveraine, exilée, mais aussi enfant curieuse perdue dans un monde foisonnant. Chaque image est une étape de sa métamorphose, un fragment de son histoire revisitée. Comme chez Jérôme Bosch, les scènes se déploient dans un univers dense et symbolique, peuplé de signes, de créatures et de paysages intérieurs où tout se transforme et se répond », explique l’artiste, dont le parcours conjugue formation académique, engagement pédagogique et passion créative.

Dynamique régionale 

Formé à l’Institut Supérieur des Arts et Métiers de Kairouan puis à l’École des Beaux-Arts de Sousse, Mohamed Akram Khouja a enseigné à l’École des Beaux-Arts de Sousse de 2013 à 2023, puis à l’École des Arts et Métiers de Mahdia. Pour lui, l’enseignement n’est pas seulement un métier, mais un véritable laboratoire vivant et un espace d’échange privilégié.

Animé par la passion de la transmission et du partage, il fonde, en 2011, la Galerie d’Art « Alriwak Ali Khouja » à Mahdia, puis en 2023, « Alriwak Salon des Arts » à Sousse. Ces espaces accueillent et mettent en valeur des artistes venus de toute la Tunisie, tout en offrant des ateliers de peinture pour enfants, où l’apprentissage se mêle à la créativité et à la liberté d’expression.

Avec tant de projets déjà en cours, 2026 s’annonce comme une année où la passion de créer et de transmettre continuera de guider chaque geste de l’artiste qui sera à l’honneur au Festival international « Ilaf » des arts et de créativité, organisé les 23, 24 et 25 de ce mois à Mahdia. 

I.A.

 

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