Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
L’équivalent de 320 mille dinars en produits de base a été dérobé récemment dans les entrepôts de l’OCT à Kasserine. S’agit-il d’un acte isolé ou d’une pratique courante qui serait à l’origine des pénuries successives perturbant périodiquement l’approvisionnement du marché ?
C’est le député à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), Badreddine Gammoudi, qui a révélé cette affaire. Plusieurs cadres de l’Office du commerce de la Tunisie ont été, en effet, arrêtés à la suite du vol de produits subventionnés au centre de stockage et de distribution de Kasserine relevant de l’Office du commerce de Tunisie.
Dans un statut publié sur sa page Facebook le 2 mars 2026, le parlementaire a indiqué que le montant des produits dérobés – essentiellement du sucre, du café, de l’huile et du riz – atteindrait, à ce stade, 320 mille dinars, précisant que « le montant reste susceptible d’augmenter ».
Les arrestations ont concerné le chef du centre de stockage et de distribution de Kasserine, le chef du centre de stockage et de distribution de Kairouan (en raison de ses anciennes fonctions à Kasserine), ainsi que deux magasiniers exerçant à Kasserine. S’agit-il, alors, d’un acte isolé ou d’une pratique courante qui serait à l’origine des pénuries successives perturbant périodiquement l’approvisionnement du marché ?
Interrogé à ce sujet, l’expert en fiances et cadre bancaire, Houssine Chalghaf, nous a confié : « Il faut préciser de prime abord que l'OCT joue un rôle stratégique dans la régulation du marché national et la mise en œuvre et le développement des choix commerciaux et économiques. Sa gestion est une charge délicate du fait de l’étendue de ses missions et de leurs diversités,
y compris la couverture des besoins de consommation en produits de base. L’Office est également chargé de l’importation des produits à caractère conjoncturel et la distribution de ces produits sur tout le territoire national d’où la gravité de cette affaire. Nuire, en effet, à la mission de l’OCT de n’importe quelle manière c’est nuire à la sécurité alimentaire de tout le pays. Et comme nous sommes en pleine guerre contre la corruption, je ne peux qualifier les personnes arrêtées dans le cadre de cette enquête que de criminels de guerre ».
La caverne d’Ali Baba…
Les Tunisiennes se souviennent toujours de cette scène qui avait à l’époque choqué plus d’un : le Président de la République, Kais Saied, en visite inopinée au siège de l’OCT s’adressant à une responsable de l’Office lui montrant au passage un chèque en indiquant : «Vous avez une idée sur ce chèque, il a été dissimulé pour ne pas conclure le marché du café en juin 2022». Sous le choc, elle n'avait pas les mots pour se défendre.
A l’époque, la Tunisie connaissait, rappelons-le, une pénurie grave de café. « Cette scène dit long sur les dépassements et les abus commis à l’OCT », nous dira l’activiste Salem Chérif. Et d’ajouter : « Personnellement, je suis certain que plusieurs crises liées à l’approvisionnement du marché en produits de base auraient pu être évitées si les dirigeants de l’Office avaient mené à bien leur travail.
D’ailleurs, je suis curieux de savoir où en sommes-nous dans les plaintes déposées par l ’Instance nationale de lutte contre la corruption, dissoute, auprès du Tribunal de la première instance de Tunis en 2021 contre plusieurs fonctionnaires de l’OCT? Dans son bulletin datant du 9 août 2021, l’Instance avait fait état, en effet, de manquements aux conditions des normes sanitaires et règles de stockage dans les entrepôts de l’OCT à La Goulette, ce qui constitue un cas de corruption conformément à l’article 2 de la loi organique n°10 de 2017.
Aussi, l’Instance avait souligné l’existence d’une unité de production non conforme aux règles et normes en matière de production alimentaire. Par ailleurs, un agent de l’Office avait dérobé plusieurs sacs de thé de qualité supérieure, selon l’instance, laquelle indique avoir relevé des différences importantes entre le stock existant réellement dans les entrepôts de l’OCT et le stock inscrit dans le système informatique.
La direction générale de l’Office est soupçonnée également d’avoir enfreint les règlements en vigueur, à travers la révision du prix de la sous-traitance et le non-respect des engagements contractuels envers une société de sous-traitance.
Parmi les autres soupçons de corruption, l’instance avait signalé un favoritisme dans le concours externe organisé par l’Office pour le recrutement de 155 agents au titre du programme de recrutement de 2015 et 2016. Qu’est-ce qu’on attend, alors, pour opérer un audit détaillé sur le fonctionnement de cette caverne d’Ali Baba… ? ».
M.B.S.M.

