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Le programme TACIR au Redeyef : une aventure s’achève, une autre commence

Une matinée pour revenir sur les parcours, les apprentissages et les projets développés tout au long de l’aventure TACIR Redeyef, en marge des Rencontres du Film Documentaire de Redeyef (RFDR). Rencontres, retours d'expérience, découvertes et projections ont rythmé ce dernier rendez-vous, avant de laisser place à la projection des films réalisés dans le cadre de TACIR x RFDR, venue clôturer à son tour cette édition des Rencontres.

Il y a un peu plus de deux ans, il manquait à Redeyef un lieu où des jeunes du bassin minier pouvaient apprendre à cadrer une image, monter un dossier de production ou simplement se donner le temps d'imaginer qu'un projet culturel puisse devenir un métier. Le programme TACIR, porté par AMAVI en partenariat avec l'association locale Nomad08, est venu répondre à ce manque avec un geste simple : installer un espace, y faire venir des formateurs, et laisser le temps faire le reste.

Ce temps s’est incarné d’abord dans la résidence documentaire « Regards Croisés », pensée comme un accompagnement complet, de l’écriture jusqu’à la post-production. Cinq récits ont été retenus parmi les candidatures reçues, et le parcours n'a rien eu d'une formalité. Des ateliers de prise de vue et de son ont ouvert la voie, suivis d'une phase de préparation au tournage où chaque projet a dû affronter les questions concrètes de la production : où filmer, avec qui, avec quel budget de temps et d'énergie. Le tournage lui-même a résisté à l'épreuve du terrain, et le montage a fini par livrer trois œuvres qui portent la marque du territoire. Mirdasiyet, de Jihed Malki, Excursion Dichotomique, d’Abdallah Jradi, et TAREG, d'Oussema Malki, encore en cours de finition, racontent chacun un pan de Redeyef à travers des rituels, des paysages et des mémoires que peu de caméras avaient pris le temps de regarder d'aussi près.

Place à la formation

À côté de la création documentaire, le volet formation a fonctionné comme la colonne vertébrale discrète du programme. Un réseau de formateurs, mobilisé localement et au-delà, a irrigué le TACIR-Lab pendant près de deux ans, dans une logique moins de transmission ponctuelle que de constitution d'un vivier. C'est peut-être là que se joue l'apport le plus durable de TACIR à Redeyef : non pas tel projet ou tel film, mais l'existence même, désormais, d'une communauté locale capable de former et d'être formée aux métiers de la culture.

L'incubation, elle, a raconté une histoire plus âpre. Partie d'un créathon qui avait vu naître une douzaine d'idées, la cohorte s'est resserrée au fil des étapes, jusqu'à ne laisser que trois projets se présenter devant le public lors du Demo Day. Entre l'enthousiasme du démarrage et la ligne d'arrivée, beaucoup ont renoncé, pris entre la nécessité de stabilité financière, les contraintes académiques et le poids des attentes familiales. Le programme n'a pas cherché à masquer cette usure : il en a fait une matière d'apprentissage, un signal sur les conditions réelles dans lesquelles se joue l'entrepreneuriat culturel dans les régions intérieures, où choisir les industries culturelles et créatives reste un pari plus risqué qu'ailleurs. Les trois projets qui ont tenu jusqu'au Demo Day, Mina, porté par Islem et Nourhène Abidi, Vélo culturel, de Ghassen Haj Bouzeyène, et Rehlet el khanfous, d'Amenallah Tabebi, en disent d'autant plus long sur la ténacité qu'il a fallu pour aller au bout. Vélo culturel a fini par l'emporter, récompensé par un prix et un don de vélos qui prolonge très concrètement l'ambition du projet sur le terrain.

Rien de tout cela n’aurait tenu sans le TACIR-Lab, aménagé au sein même de Nomad08 dans les premiers mois du programme. Loin d’un simple bureau de passage, l’espace a été pensé et équipé pour la pratique audiovisuelle : de quoi tourner, enregistrer, monter, former, sans dépendre à chaque fois d'un matériel emprunté ou d'un déplacement vers Tunis. C’est ce lab qui a accueilli les ateliers de prise de vue et de son, les séances de mentorat, les moments de travail collectif entre porteurs de projets. Et c’est lui, surtout, qui reste. Une fois TACIR refermé, l’espace continue d’exister au sein de l’association, disponible pour de futures formations, pour des tournages qui n’ont plus besoin d’un programme international pour se justifier, ou pour être réinvesti autrement, en salle de réunion, en espace de coworking, en lieu à faire vivre selon les besoins de Nomad08. C’est peut-être la trace la plus concrète que laisse TACIR à Redeyef : un lieu équipé qui n’appartient plus au programme, mais à la ville.

Ce que révèle finalement le passage de TACIR à Redeyef dépasse la somme de ses activités. En installant un lieu, en y faisant circuler des compétences et en donnant à des jeunes du bassin minier l'occasion réelle de se confronter aux métiers de la création et de l'entrepreneuriat culturel, le programme a amorcé une dynamique qui ne se referme pas avec lui. Les prochains mois diront si Redeyef parvient à faire vivre seule cette énergie, mais quelque chose s'est incontestablement déplacé dans la manière dont la ville se pense comme territoire culturel, et plus seulement minier.

Une dernière étape, donc, pour célébrer le chemin parcouru à Redeyef et les histoires qui continuent de s'écrire.

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