Huit ans après son dernier concert en Tunisie, Yasmine Hamdan a retrouvé la scène de Hammamet avec un spectacle puissant, porté par la mémoire, l'identité et une émotion à fleur de peau.
Cette rencontre avec les festivaliers faisait écho à son dernier album, I Remember I Forget, où la mémoire, personnelle autant que collective, occupe une place centrale. « Je sens que le thème de la mémoire me poursuit », confie l'artiste. « L'époque est houleuse, effervescente. La mémoire reste un socle au fil de nos déplacements géographiques. Elle m'accompagne partout, y compris ici, à Hammamet. Et qui dit mémoire évoque aussi l'oubli.»
Dès les premières notes, le public, composé de fidèles et de connaisseurs, s'est laissé emporter par un univers musical singulier où se mêlent musique électronique, sonorités expérimentales et textes en arabe. Fidèle à sa démarche artistique, Yasmine Hamdan continue de bousculer les codes et de se réinventer, affirmant plus que jamais son statut d'artiste alternative.
Tout au long du concert, elle a multiplié les témoignages d'affection envers le public tunisien, exprimant sa gratitude pour cet accueil chaleureux. Entre les morceaux de son dernier album et les titres qui ont marqué son parcours, elle a offert un voyage musical à travers « Hal », « Mor », « Vows », « Shadia », « Hon » ou encore « Al Jamilat », avant de conclure dans une atmosphère d'une rare intensité avec « Al Balad » et l'incontournable « Beirut ».
Confidences
Au-delà de la musique, Yasmine Hamdan a rappelé les combats qui nourrissent son œuvre. Elle a évoqué la résistance des femmes palestiniennes, les blessures de son Liban natal et les tragédies qui continuent de marquer la région. Ses chansons racontent l'appartenance, l'exil, le déracinement et la quête d'identité.
« Je suis originaire d'une région profondément secouée par les tragédies, les pertes, les guerres et les traumatismes. J'ai le sentiment de vivre dans deux espaces- temps : le Liban et ma vie en France, ou partout ailleurs où la musique m'emmène », explique-t-elle. Avant d'ajouter : « À travers mes chansons, je crie mes fragilités et mes peines, tout en gardant l'espoir et en chantant la douceur de mon peuple. Cette douceur me rappelle la générosité et l'accueil des Tunisiens. C'est la tendresse d'un peuple qui fait sa richesse. »
Ces retrouvailles avec le public tunisien ont ainsi pris la forme d'un moment de partage empreint de sincérité, de reconnaissance et d'émotion. Depuis ses débuts avec Soap Kills, Yasmine Hamdan n'a cessé d'explorer de nouveaux territoires musicaux sans jamais perdre le lien profond qui l'unit à son public. À Hammamet, elle a une nouvelle fois démontré que sa musique demeure un espace où la mémoire devient création, résistance et promesse d'avenir.

