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Héritage tressé depuis l'Antiquité : Le couffin, l’avenir se tresse avec les savoir-faire d'hier

Par Imen Abderrahmani

Il figurait déjà dans les mosaïques de l'Afrique romaine. Deux mille ans plus tard, le couffin continue d’accompagner le quotidien des Tunisiens. Entre héritage millénaire et accessoire tendance, il rappelle que les solutions de demain se trouvent parfois dans les savoir-faire d'hier.

 

Chaque été, il revient comme une évidence. Posé sur le sable, accroché au bras des promeneuses, rempli de serviettes, de fruits ou de livres, le couffin accompagne les Tunisiens dans leurs escapades en bord de mer comme il accompagnait autrefois leurs ancêtres dans les marchés, les champs et les ports. À la faveur des tendances qui célèbrent le naturel, l’artisanat et l’authenticité, cet objet ancestral retrouve une jeunesse inattendue. Mais derrière son allure bohème se cache une histoire vieille de plusieurs millénaires.

Bien avant d’être un accessoire de mode, le couffin était un compagnon indispensable de la vie quotidienne. Son ancêtre, le panier tressé en fibres végétales, apparaît déjà dans les mosaïques de l’Afrique romaine, où il accompagne les scènes de récolte, de pêche, de cueillette ou de vendanges. Les artistes de l’époque ont immortalisé ces gestes ordinaires, révélant combien ces objets faisaient partie du quotidien d'une société profondément liée à la terre et à ses richesses.

Au Musée archéologique de Sousse, la célèbre mosaïque du panier de poissons, datant du IIᵉ siècle, témoigne de l’utilisation de récipients tressés pour transporter les produits de la mer. Au Musée national du Bardo, les mosaïques des Xenia, ces natures mortes célébrant l’abondance, montrent des serviteurs portant des paniers débordant de fruits, de fleurs ou de poissons. Même les bordures géométriques de certains pavements reproduisent l’entrelacement minutieux des fibres végétales, comme si les mosaïstes avaient voulu rendre hommage à l'art de la vannerie.

À travers les siècles, les matériaux ont peu changé. La halfa, les feuilles de palmier ou le jonc continuent d’être travaillés avec patience par les artisans. Chaque couffin porte la trace d’un geste transmis de génération en génération, d’un savoir-faire qui résiste au temps et à l’industrialisation. Aujourd'hui encore, les artisans le réinventent avec des broderies colorées, des pompons ou des anses en cuir, faisant de lui un accessoire aussi élégant que pratique. Dans les vitrines des boutiques comme sur les marchés artisanaux, il est devenu l’emblème d’un été méditerranéen à la touche tunisienne où tradition et modernité se répondent.

Au-delà de l’esthétique, l’écologique

Cette renaissance n’est pas seulement esthétique. Elle intervient à un moment où la Tunisie cherche des alternatives crédibles à la pollution plastique. Le pays consomme chaque année près de 4,2 milliards de sacs en plastique, soit environ 400 sacs par habitant. Ces déchets envahissent les paysages, les plages et les fonds marins, menacent la biodiversité, dégradent les sols et représentent un coût économique estimé à près de 58 millions de dinars par an.

Si les sacs réutilisables (couffins) constituent l’une des meilleures réponses à cette pollution, leur adoption reste freinée par les habitudes de consommation et par le manque d’alternatives accessibles à tous. Le couffin, lui, possède déjà toutes les qualités recherchées : solide, réutilisable, biodégradable et fabriqué à partir de matières premières locales. En l’adoptant, le consommateur soutient également des filières artisanales qui font partie intégrante du patrimoine tunisien.

 

Dans un monde en quête de solutions durables, le couffin raconte une histoire singulière. Celle d'un objet qui n’a jamais vraiment disparu, mais qui retrouve aujourd'hui tout son sens. D’hier à aujourd'hui, des mosaïques romaines aux plages de Hammamet, de Sousse, de Djerba ou de La Marsa, il traverse les époques sans perdre son utilité. Plus qu’un simple panier, il incarne une mémoire vivante, un art de vivre et peut-être, à l’heure des défis environnementaux, une réponse venue du passé pour construire un avenir plus responsable.

Imen.A.

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