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Festival des Littératures du Sud « Kotouf »: A Djerba, les récits prennent le large…

 

Par Imen Abderrahmani

Écrivains, poètes et penseurs se retrouvent, à partir d’aujourd’hui et durant deux jours, à Djerba pour faire dialoguer les imaginaires du Sud. Une 2ème édition qui mise sur la littérature comme espace de circulation des idées.

 

Dans le chant IX de L’Odyssée, Homère situe sur l’île des Lotophages, traditionnellement associée à Djerba, l’épisode où les compagnons d’Ulysse, séduits par le lotus, sombrent dans l’oubli et perdent le désir du retour. Des siècles plus tard, l’île continue de nourrir les imaginaires et d’accueillir les récits. Durant deux jours, à partir d’aujourd’hui, Djerba sera le théâtre d’une autre traversée, celle de Kotouf, le Festival des Littératures du Sud, qui réunit pour sa 2èmeédition des voix venues de différentes géographies.

Après une première édition réussie en 2025, le rendez-vous poursuit son ambition de créer, depuis le Sud, un espace de circulation des textes, des idées et des sensibilités.

« Kotouf », qui signifie « cueillettes » ou « récoltes » en arabe, exprime cette volonté de recueillir des récits singuliers et de les mettre en résonance. Plus qu’une succession de rencontres, le festival entend favoriser les échanges entre écrivains, stimuler la création et faire émerger des perspectives nouvelles, à la faveur du dialogue entre les cultures.

Voix plurielles et questions communes

La programmation réunira notamment les écrivains tunisiens AmiraGhenim, Moha Harmel, AfifaSemiti, Sofiane Rejeb et Mohamed Aïssa El Moadeb, aux côtés de la Franco-Tunisienne BochraFourti, de la Franco-Marocaine Samira El Ayachi et de l’Algérienne LamisSaïdi. Le cinéaste burkinabè Dani Kouyaté, le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne, Inès Senghor, d’origines sénégalaise et serbe, et le Palestinien Mu’adh Jihad compteront également parmi les invités.

Littérature, poésie, philosophie, cinéma, traduction, recherche, musique et humour se croiseront au fil des deux journées. La question des indépendances en constituera l’un des principaux axes. Le coup d’envoi sera donné aujourd’hui avec une lecture d’un poème d’Abou El Kacem Chebbi par un élève. Ce salut à l’un des éminents poètes de la Tunisie dont les poèmes ont été traduits au moins à six langues majeures comme le français, l’anglais, le chinois et le russe sera suivi d’un débat autour du sens des indépendances avec à l’affiche AmiraGhenim, Mu’adh Jihad et Souleymane Bachir Diagne.

 L’après-midi, Moha Harmel et LamisSaïdi interrogeront les notions de rupture et de continuité. Le lendemain, un dialogue intergénérationnel prolongera la réflexion, avant une projection du film « Fanon », suivie d’une discussion en présence du cinéaste AbdennourZahzah.

La richesse de ces échanges tient à la diversité des parcours et des regards. Pour les écrivains, la rencontre avec d’autres univers constitue une occasion de questionner leurs propres pratiques, de confronter leurs expériences et de découvrir des formes de pensée qui déplacent les certitudes.

L’île comme espace de transmission

Fidèle à son ancrage territorial, le festivalne se limite pas aux salles de conférence, il investira jardins, espaces culturels et lieux patrimoniaux, afin de rapprocher les textes du paysage et des habitants. Des lectures musicales au coucher du soleil, au fort Borj Ghazi Mustapha sont au programme de cette journée inaugurale. La soirée se poursuivra avec Samia Orosemane qui présentera à l’occasion son nouveau stand-up.

La transmission aux jeunes générations constitue un autre volet important de cette édition. Dès ce matin, plusieurs ateliers d’écriture en français et en arabe, de scénario de bande dessinée, de création sonore et d’écriture culinaire se tiendront dans des établissements scolaires et des bibliothèques de l’île. Leurs participants présenteront leurs travaux le lendemain. L’activité « Marines de Kotouf – Contes en mer », destinée aux jeunes de 12 à 15 ans, prolongera, le 17 octobre, cette démarche en invitant les histoires à prendre le large.

Ces initiatives rappellent que la littérature se construit aussi dans la pratique, l’écoute et le partage. En ouvrant ses activités aux élèves et en proposant des rencontres en arabe, en français et en anglais, le festival fait de la diversité linguistique et de la transmission des leviers essentiels de son projet.

Derrière cette programmation se dessine une ambition qui dépasse le cadre événementiel, celle de permettre aux littératures du Maghreb, du Machrek et d’Afrique subsaharienne de dialoguer depuis leurs propres territoires, sans dépendre systématiquement des grandes capitales occidentales pour se rencontrer ou gagner en visibilité. Il s’agit de reconnaître au Sud sa capacité à produire ses propres espaces de réflexion, de création et de circulation culturelle, lit-on dans les notes de présentation de ce rendez-vous.

Si, dans le récit homérique, Djerba est associée à l’oubli, avec Kotouf, l’île devient un lieu de rencontre, de dialogue et de transmission, où les récits se croisent et les imaginaires s’enrichissent.

Imen.A.

 

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