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Festival du Malouf de Testour : Un festival en difficulté, un patrimoine en péril ?

Par Imen Abderrahmani

 

Soixante ans d'histoire, de transmission et de fidélité au malouf. Pourtant, le plus ancien festival de musique traditionnelle de Tunisie traverse une période financière délicate qui interroge l'avenir d'un rendez-vous emblématique du patrimoine culturel national.

 

Soixante éditions. Rares sont les manifestations culturelles tunisiennes qui peuvent revendiquer une telle longévité. Traversant vents et marées, le festival a réussi à résister, préservant son cachet et son identité et faisant vivre une tradition musicale qui dépasse largement le cadre du spectacle : il préserve une part essentielle de la mémoire culturelle de la Tunisie. Six décennies déjà au service de l'art, et de l'art seul. Fidèle à sa vocation, le Festival du Malouf de Testour est resté à l'écart des logiques de rentabilité et des spectacles à grand succès commercial qui remplissent les caisses. Son choix a toujours été celui de l'exigence artistique, de la transmission et de la sauvegarde d'un patrimoine musical dont la valeur ne se mesure ni au nombre de billets vendus ni aux recettes générées.

Plus ancien festival de musique traditionnelle du pays, il est entièrement consacré au malouf, cette musique arabo-andalouse transmise par les Morisques expulsés d’Espagne au 17ème siècle et devenue l'une des expressions les plus raffinées du patrimoine musical tunisien. À Testour, ville fondée par les Andalous, où l'architecture, les ruelles et la grande mosquée racontent encore cette histoire, le festival trouve un écrin qui lui confère une dimension patrimoniale unique.

Les chiffres d’une fragilité

Pourtant, alors que le Festival du Malouf célèbre sa 60ᵉ édition, son avenir est fragilisé par une réalité beaucoup moins harmonieuse : celle des difficultés financières. Placée sous le signe « Les roses ont chanté », la 60ème édition du Festival du Malouf de Testour s’ouvre dans un contexte d’incertitude. La conférence de presse prévue le 5 juillet à la Maison de la Culture Ibrahim Riahi, destinée à dévoiler la programmation, a été reportée. Dans le même temps, le comité d'organisation a publié un communiqué de clarification consacré à la situation financière du festival. Les organisateurs y soulignent la baisse continue de la subvention allouée par le ministère des Affaires culturelles, une diminution qui a fragilisé l'équilibre budgétaire de la manifestation et pesé sur sa capacité à honorer l'ensemble de ses engagements : De 80 000 dinars en 2020, l'aide est passée à 40 000 dinars en 2022, puis à 20 000 dinars en 2023, avant d'atteindre 17 800 dinars en 2024. Une diminution qui a lourdement affecté l'équilibre financier de l'organisation, générant une dette d'environ 55 000 dinars. L'association organisatrice a néanmoins honoré une part importante de ses engagements en 2025 et prévoit d'apurer le reliquat des créances en 2026.

Ces chiffres ne racontent pas seulement les difficultés d'un événement culturel. Ils interrogent la place que nous accordons à notre patrimoine immatériel. Car le Festival du Malouf de Testour n'est pas un festival parmi d'autres : il constitue un véritable conservatoire vivant, où se rencontrent artistes, chercheurs, amateurs et nouvelles générations autour d'un héritage musical plusieurs fois centenaire. Il convient également de rappeler que le festival s'articule autour d'une compétition nationale qui réunit les principaux clubs de malouf de Tunisie, faisant de cette manifestation un espace privilégié d'émulation, de transmission et de découverte des talents.

Un patrimoine à préserver et à soutenir

Dans un contexte où de nombreux pays investissent dans la valorisation de leurs traditions musicales comme vecteurs de rayonnement culturel et touristique, la Tunisie gagnerait à considérer ce festival comme un projet stratégique. Son potentiel dépasse largement les frontières nationales. Il mérite une ambition à la hauteur de son histoire : une programmation renforcée, des moyens pérennes, une meilleure visibilité internationale et une politique de promotion qui fasse du malouf un véritable ambassadeur de la culture tunisienne.

Cette reconnaissance pourrait naturellement conduire à une réflexion plus large sur l'inscription du Festival du Malouf de Testour, ou de la tradition qu'il perpétue, dans les démarches de valorisation du patrimoine culturel immatériel. Une telle perspective consacrerait non seulement l'ancienneté de la manifestation, mais aussi son rôle irremplaçable dans la sauvegarde d'un héritage musical d'une richesse exceptionnelle.

Un festival qui traverse soixante années n'est pas simplement un rendez-vous annuel. Il est une mémoire vivante. Et une mémoire vivante ne se célèbre pas seulement par des discours ; elle se protège, se soutient et se prépare pour les générations à venir.

Imen.A. 

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