Le Festival international de Dougga célébrera cet été son cinquantième anniversaire. Mais la programmation dévoilée avant-hier, le vendredi, marquée par les restrictions budgétaires, est loin de l'affiche grandiose qu'espérait le public. Détails !
Le cinquantième anniversaire du Festival international de Dougga devait être un moment historique. Un rendez-vous célébrant un demi-siècle d'existence, l’occasion de réunir de grandes figures de la scène musicale internationale sur l’une des plus belles scènes archéologiques du monde. Mais la programmation dévoilée vendredi à Tunis laisse un sentiment d’inachevé.
Pour cette édition qui se tiendra du 10 au 25 juillet, le festival proposera dix soirées, dont sept seront consacrées à des artistes tunisiens. Une affiche honorable, mais qui peine à refléter le prestige d'un événement qui a longtemps fait de l'excellence artistique et de l’ouverture internationale sa marque de fabrique.La forte présence d'artistes tunisiens n’a rien de contestable, bien au contraire. Encore faut-il qu’elle procède d'une vision artistique assumée et s'accompagne de créations originales imaginées pour Dougga, plutôt que d’apparaître comme la conséquence de restrictions budgétaires.
Le contraste est d'autant plus saisissant que Dougga avait créé l'événement il y a à peine quelques semaines en accueillant, les 2 et 3 mai, la star canadienne Bryan Adams devant un public nombreux. Ce double concert, largement salué, avait offert une visibilité internationale à la Tunisie et démontré que le théâtre antique de Dougga demeure une scène capable d’attirer les plus grands noms de la musique mondiale.
Bien avant cela, le festival avait régulièrement marqué les esprits en programmant des artistes de renommée internationale, tout en offrant des créations d’exception avec des musiciens tunisiens de stature mondiale, à l'image d’Anouar Brahem ou de Dhafer Youssef. Autant de références qui ont nourri les attentes autour de cette édition anniversaire.
Difficultés budgétaires
Que s’est-il donc passé ? Lors du point de presse organisé le vendredi pour présenter les grandes lignes de cette 50ème édition, le directeur du festival, Mokhtar Belatek, n’a pas cherché à masquer les difficultés. Selon lui, cette 50ᵉ édition est « exceptionnelle », non pas par la qualité de son affiche internationale, mais parce qu’elle a dû être construite dans des conditions financières particulièrement contraignantes.
Le budget alloué au festival ne dépasse pas 600 mille dinars, soit près de la moitié des ressources dont disposait la manifestation en 2024. Une baisse significative qui a profondément limité les marges de manœuvre des organisateurs.
Mokhtar Belatek a révélé que plusieurs artistes internationaux avaient pourtant été contactés. Les concerts de Bryan Adams avaient même suscité un réel intérêt auprès d'autres grandes figures de la scène mondiale désireuses de se produire à Dougga. Mais le retard de plus de deux ans dans le versement du soutien financier du ministère du Tourisme à l'association organisatrice a empêché la concrétisation de ces négociations, a-t-il précisé.
Le directeur du festival s’est toutefois voulu rassurant et optimiste en promettant que l’édition 2027 retrouvera l’ambition internationale attendue. Les discussions avec plusieurs artistes auraient déjà été engagées.
Au programme
En attendant, la programmation 2026 fait le choix d’une forte présence tunisienne. L’ouverture, le 10 juillet, sera marquée par la projection d’un court métrage documentaire retraçant l’histoire du festival, suivie d’un spectacle de Shayma Helali. La clôture reviendra, comme un symbole fédérateur, au spectacle « Ziara » de Sami Lajmi.
Entre ces deux rendez-vous, le public assistera notamment aux prestations de Mortadha Ftiti, Raouf Maher, Lotfi Bouchnak, Nabil Ben Mesmia et Saber Oueslati, tandis que l’Égypte sera représentée par Hakim et Marwa Nagy.
La conférence de presse a également été l'occasion de présenter un extrait du documentaire réalisé par Faouzi Chelbi, consacré à la mémoire du festival. À travers archives et témoignages, le film retrace les grandes étapes de cette manifestation, depuis ses origines en tant que festival de théâtre jusqu'à son évolution en festival international, avant sa nouvelle dynamique impulsée depuis 2015 par une jeune génération de bénévoles et d'organisateurs.
Les organisateurs ont néanmoins rappelé que le festival conserve ce qui fait aussi sa singularité : l'hébergement d'une partie des artistes et des invités chez des familles de Dougga, Téboursouk et des villages environnants, une initiative qui renforce les liens entre le festival et son territoire.
Au final, cette 50ème édition restera sans doute comme celle d'un anniversaire contrarié. Un cinquantenaire que beaucoup imaginaient spectaculaire, mais que les réalités budgétaires ont ramené à une programmation plus modeste. Une édition de transition, en somme, avec l'espoir que la promesse d'un grand retour en 2027 permettra à Dougga de renouer avec le rayonnement artistique qui a fait sa légende.
Imen.A.

