Un énième accident impliquant un train de la SNCFT est survenu avant-hier mardi dans le bassin minier à Gafsa, causant la mort de l’aide-conducteur. Un train comptant 35 wagons chargé d’un peu plus de 2 mille tonnes de phosphates en direction de Métlaoui a fini son voyage dans la vallée de djebel Selja après avoir déraillé.
Naturellement, des enquêteurs ont été dépêchés sur le lieu de l’accident pour collecter les indices qui permettent d’expliquer les causes du déraillement et déterminer les responsabilités. Les causes de l’accident ? Osons affirmer d’emblée, sans attendre les résultats des enquêtes, que c’est l’état catastrophique des rails qui a provoqué le déraillement mortel. Les responsables ?
Ce sont ceux aux commandes de la société exploitant le réseau ferroviaire, en l’occurrence la SNCFT, mais aussi ceux qui sont en charge du secteur du transport, c’est-à-dire le ministère du Transport. Car, le délabrement caractérisant pratiquement l’ensemble du réseau ferroviaire en Tunisie est dû à un laisser-aller suicidaire et un manquement flagrant aux exigences élémentaires de maintenance et de sécurité.
En 2024, pourtant, a été annoncé un plan de modernisation des lignes ferroviaires dédiées au transport de phosphate. Le ministère chargé du Transport avait en effet annoncé la conclusion d’un accord de crédit d’environ 103 millions de dinars accordé par le Fonds koweitien pour le développement économique arabe et censé financer une partie d’un plan de renouvellement de 190 kilomètres du réseau ferroviaire dédié au transport de phosphate qui devait coûter un peu plus de 520 millions de dinars.
Par ces temps de morosité monétaire et de grandes tensions sur la trésorerie publique, normalement le cap doit être mis sur les dépenses prioritaires dans chaque secteur. Et pour le transport, la modernisation du parc des sociétés de transport urbain, c’est-à-dire l’acquisition de bus et de métros, est une grande priorité à laquelle l’Etat est en train de consacrer des ressources importantes. Mais pas que.
Les trains et les rails de la SNCFT, surtout à l’intérieur du pays, sont devenus quasi-impraticables obligeant la société à réduire considérablement le trafic mais sans pour autant garantir la sûreté des dessertes et la sécurité des passagers. Le problème c’est que l’on hésite toujours à mettre le cap sur un véritable projet de modernisation du transport ferroviaire.
Même le projet « trop ambitieux », annoncé par le président de la république et qui concerne la construction d’un réseau de train grande vitesse (TGV) reliant le nord au sud de la Tunisie, reste lettre morte. D’ailleurs, à en croire la nouvelle annonce que vient de faire le ministre du Transport à l’ARP, l’on peut estimer que les urgences du transport en Tunisie, l’Etat ne l’entendait pas de cette oreille.
Lors de son audience dans le cadre de la discussion du budget de son département à l’Hémicycle de Bardo, le ministre du Transport a fait savoir que l’Etat comptait mobiliser 3 milliards de dinars au projet d’extension de l’aéroport Tunis-Carthage. Un chantier annoncé depuis plusieurs années et pour lequel l’Etat continue désespérément à rechercher des financements auprès des bailleurs de fonds et pays « frères et amis ».
D’aucuns croient cependant que beaucoup d’eau a coulé depuis qu’un tel projet était annoncé pour la première fois, considérant que les priorités ont changé et que les 3 milliards de dinars que l’Eta espère dénicher quelque part pour permettre à l’aéroport Tunis-Carthage d’accueillir 18 millions de passagers, devraient désormais être réorientés vers les projets urgents névralgiques du secteur du transport, entre autres la reconstruction d’un réseau ferroviaire national digne de ce nom.
Il est urgent aujourd’hui pour l’État de se mettre sur les bons rails et revoir la hiérarchie des priorités dans le domaine du transport. Replacer le ferroviaire au cœur des plans de mobilité et de développement garantit un transport accessible, économique, régulier, de qualité et qui permet de désenclaver des territoires économiquement marginalisés. Continuer à négliger le rail est un signe de désorientation et d’échec.
H.G.

