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Le film « Tunis-Berlin » en double compétition aux festivals de Luxor et de Malmö : Derrière les platines, le combat des femmes djs tunisiennes…

Par Imen Abderrahmani

 

Sélectionné au Luxor African Film Festival et au Malmö Arab Film Festival, le documentaire « Tunis-Berlin » de Nidhal Guiga  suit les rêves d’ailleurs des DJs tunisiennes et raconte le combat toujours actuel des femmes pour leur place, y compris dans les milieux artistiques.

 

La cinéaste tunisienne Nidhal Guiga signe avec « To Dream Perhaps » (titre international), intitulé « Tunis-Berlin » en français, un documentaire à la croisée de l’artistique, du social et même du politique. Le film sera présenté en première mondiale au Luxor African Film Festival (29 mars – 4 avril 2026), dans la section Diaspora, avant une première internationale au Malmö Arab Film Festival (10 – 16 avril), en compétition documentaire. Un lancement prometteur pour ce film comme pour sa réalisatrice, forte d’un parcours riche et pluriel.

Au cœur du film, des DJs tunisiennes tournées vers Berlin, capitale emblématique de la musique électronique, avec l’espoir d’y trouver reconnaissance, ouverture et opportunités. Leur ambition est aussi un acte de résistance : s’imposer dans un univers artistique encore largement dominé par les hommes, où les inégalités de visibilité, de programmation et de légitimité persistent.

« À l’automne 2023, l’une d’elles est enfin programmée dans un club berlinois de renom. La réalisatrice, elle-même confrontée à des difficultés de production, décide de la suivre. Mais une fois sur place, dans un contexte international tendu, le rêve se fissure », lit-on dans le dossier de presse du film. L’expérience devient alors le révélateur d’un malaise plus profond, où les espoirs individuels se heurtent à des réalités globales.

Des inégalités existent toujours

À travers ce parcours, le film met en lumière une vérité tenace : la bataille des femmes est loin d’être achevée. Même dans les milieux artistiques, souvent perçus comme ouverts et progressistes, une forme de ségrégation persiste entre artistes femmes et artistes hommes. Accès aux scènes, reconnaissance critique, rémunération ou réseaux professionnels : les écarts demeurent, parfois de manière insidieuse.

En choisissant la musique électronique comme prisme, Nidhal Guiga capte un espace où la liberté est revendiquée, mais où les rapports de pouvoir continuent de structurer les trajectoires. Ce documentaire dépasse ainsi le simple récit de voyage ou de réussite artistique. Il s’inscrit dans une temporalité étendue (2020-2025), marquée par des bouleversements internationaux qui redéfinissent les aspirations et les possibles.

En filigrane, la réalisatrice convoque l’héritage de la Chute du mur de Berlin, moment où la scène électronique incarnait une utopie d’unité et de liberté. « Quel est le rôle de la musique électronique aujourd’hui ? Quel(s) sens/engagement(s) porte-t-elle? » S’interroge la cinéaste.  Le film devient ainsi une double quête : celle des artistes, en recherche de reconnaissance, et celle de la cinéaste, en quête de sens. Une course à relais, bien rythmée, entre Tunis et Berlin, entre rêve et réalité.

Rêver, exister, créer

S’agissant du titre, la réalisatrice souligne bel et bien que « To Dream Perhaps » s’inspire d’une réplique de William Shakespeare dans Hamlet. Mais ici, l’hésitation laisse place à l’action. Rêver devient un choix, presque un engagement. Les protagonistes du film refusent le renoncement. Elles avancent, malgré les obstacles, dans une démarche qui tient autant de la création artistique que de l’affirmation de soi. Parviendront-elles à réaliser leurs rêves ? Ont-t-elles enfin trouver leurs places dans les nuits berlinoises? Toute l’histoire est à découvrir dans ce film qui continuera sa marche dans d’autres festivals.

Cinéaste, écrivaine et actrice, Nidhal Guiga s’est imposée avec plusieurs courts- métrages remarqués, dont « Astra » (2018), primé aux Journées cinématographiques de Carthage. Elle est également l’autrice de romans et de pièces de théâtre, dont une œuvre présentée au Festival d'Avignon.

Avec « Tunis-Berlin », elle propose un documentaire ancré dans son époque, où la musique devient langage, le cinéma un outil d’exploration, et le rêve, une forme de résistance.

Car au-delà des platines et des scènes, c’est bien une lutte qui se joue : celle d’exister, de créer et de se faire entendre, dans un monde où l’égalité reste encore à conquérir.

Imen. A.

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