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La vie de Mohamed - L'héritage de la patience : Entre le siège de La Mecque et le sang de Taïf

La marche de l’Islam, à ses débuts, n’a pas été un long fleuve tranquille, mais un chemin semé de ronces, de sang et de larmes. À La Mecque, la situation des premiers croyants atteignit un point de non-retour, une cime d’inhumanité où la haine des idoles se heurtait à l’acier d’une foi inébranlable.

Plus la ferveur des musulmans pour le Dieu Unique grandissait, plus l’animosité des chefs qurayshites se muait en une cruauté organisée. Ce ne sont plus de simples moqueries ou des actes isolés de violence qui frappent la petite communauté, mais une stratégie d’étouffement systématique.

Le conflit atteignit son paroxysme lorsque les dirigeants mecquois, exaspérés par la résilience de Muhammad (s.a.w.) et de ses compagnons, décidèrent d’employer l’arme de la famine et de l’isolement social. Ils décrétèrent une mise en quarantaine totale. Ce pacte impitoyable interdisait tout commerce, tout mariage et tout échange avec le Prophète, sa famille et ses alliés. Acculés, ces derniers durent se réfugier dans les ravins étroits appartenant à Abū Tālib.

Pendant trois longues années, ils vécurent l’horreur du dénuement. Sans argent, sans provisions, réduits parfois à manger des feuilles d'arbres pour survivre, ils endurèrent l’insoutenable. Pourtant, dans ce silence de mort imposé par le blocus, leur courage ne vacilla jamais. La foi, loin de s’étioler sous la faim, se fortifiait dans l’épreuve.

Ce n’est que grâce à l’éveil de la conscience de cinq notables mecquois que ce siège prit fin. Révoltés par l'injustice flagrante, ces hommes brisèrent le pacte et permirent aux proscrits de regagner leurs foyers. Mais la liberté retrouvée avait un goût de cendre. Les privations extrêmes avaient brisé les corps.

En l’espace de quelques jours, le Prophète perdit Khadīdja (r.a.), son épouse bien-aimée, celle qui avait été la première à croire, sa confidente et son plus grand soutien financier et moral. Un mois plus tard, le coup de grâce tomba : la mort d’Abū Tālib. Avec lui disparaissait le bouclier politique qui protégeait Muhammad (s.a.w.) des agressions physiques directes des clans.

Sans protection clanique, le Prophète se retrouvait vulnérable, exposé à la merci d'hommes comme Abū Lahab, son propre oncle, dont la haine, attisée par les chefs de la ville, ne connaissait plus de frein. La Mecque était devenue une prison à ciel ouvert où l'on jetait la poussière sur la tête du Messager de Dieu jusque dans l'intimité de son foyer.

L’exil vers Taïf ou le triomphe de la miséricorde sur la barbarie

Face à l’étanchéité des cœurs mecquois et à l’impossibilité physique de prêcher, le Prophète (s.a.w.) décida, par nécessité et par devoir divin, de porter son message ailleurs. Il choisit Taïf, une cité verdoyante située à une centaine de kilomètres, espérant y trouver une terre plus fertile pour la parole de vérité. Accompagné seulement de son fidèle Zayd (r.a.), il entreprit ce voyage avec l'espoir de celui qui cherche un refuge pour sa foi. Mais Taïf, ville de l'idole al-Lāt, n'était qu'un miroir déformant de

La Mecque, l’hospitalité en moins

L’accueil fut glacial. Les chefs de la cité, craignant de froisser leurs alliés commerciaux mecquois et méprisant cet homme sans armée ni suite, rejetèrent son message avec un dédain souverain. Pire encore, ils n’eurent pas la décence de le laisser partir en paix. Pour se débarrasser définitivement de ce « gêneur », ils lâchèrent sur lui la lie de la population.

Une foule de voyous et d'enfants, armés de pierres, s'acharna sur le Prophète et son compagnon. Muhammad (s.a.w.) fut blessé au point que le sang emplissait ses sandales. Zayd, tentant de protéger le Messager de son corps, fut également atteint. Ils furent poursuivis, humiliés et chassés sur plusieurs kilomètres, trouvant enfin refuge dans un vignoble, épuisés et le cœur meurtri.

C’est dans cet état de détresse absolue que se produisit l’un des moments les plus sublimes de l’histoire de l’humanité. Alors qu’un ange descendait du ciel pour offrir au Prophète de raser Taïf et d’anéantir ses persécuteurs, Muhammad (s.a.w.), au lieu de céder à une colère légitime, choisit la voie de la miséricorde. « Non », répondit-il, « J’espère que de ces tourmenteurs mêmes naîtront ceux qui adoreront le Seul Vrai Dieu. »

Dans cette réponse réside toute l'essence de son message : une vision qui dépasse la douleur du présent pour embrasser le salut futur des générations à venir.
Le réconfort vint d’où on ne l’attendait pas. Deux de ses persécuteurs mecquois, propriétaires du vignoble, mus par une étincelle soudaine de compassion ou de solidarité tribale, lui envoyèrent du raisin par l’intermédiaire de leur esclave, ‘Addās.

Cet homme, originaire de Ninive et de confession chrétienne, fut bouleversé par les paroles du Prophète. En entendant le nom d’Allah et la référence au prophète Jonas (Younous), ‘Addās reconnut instantanément la lumière de la prophétie. Dans un élan de dévotion pure, il se jeta aux pieds du Messager, pleurant de joie d'avoir rencontré la vérité au milieu de cette désolation. Cet instant de grâce fut le baume sur les plaies de Taïf.

Pourtant, la solitude restait immense. Seul face à l’immensité de sa tâche, Muhammad (s.a.w.) se tourna alors vers le seul soutien qui ne fait jamais défaut. Sa prière, véritable cri de l’âme, résonne encore aujourd'hui comme le témoignage ultime de la servitude envers le Créateur. Il ne se plaignit pas de ses blessures physiques, ni de l'injustice des hommes, mais de sa propre « faiblesse » et de son « manque de moyens ».

Il s'en remit totalement à la volonté divine, affirmant que tant que Dieu n'était pas courroucé contre lui, toutes les épreuves de ce monde n'étaient que futilité. Cette séquence tragique de Taïf, loin d'être un échec, fut en réalité la préparation spirituelle à l'Hégire, le moment où la faiblesse apparente allait se transformer en une force capable de changer la face du monde.

Cette période de persécution intense, de la faim du blocus aux pierres de Taïf, forgea les premiers musulmans dans un creuset de douleur. Elle démontra que la foi n'est pas une simple adhésion intellectuelle, mais un engagement total de l'être. En refusant de maudire ses bourreaux, le Prophète Muhammad (s.a.w.) a tracé une ligne de conduite éternelle : répondre à la barbarie par la patience et à la haine par l'espoir d'une réforme intérieure.

(A suivre...)

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