Par Imen Abderrahmani
La cinquième édition de la Célébration du roman tunisien, annoncée du 23 au 25 de ce mois, interrogera les mutations du récit et les enjeux environnementaux. Un thème qui trouve écho dans cette oasis littorale, entre beauté fragile et urgence écologique.
Il est des lieux dont la beauté semble porter en elle toute une littérature. Gabès est de ceux-là. Entre le bleu de la Méditerranée et les étendues du Sahara, son oasis déploie une végétation rare, faite de palmiers, de grenadiers et de jardins irrigués par une eau longtemps généreuse. Des voyageurs médiévaux aux écrivains et artistes des siècles suivants, cette alliance singulière de la mer, du désert et du végétal a nourri les imaginaires.
De Jules Verne à Paul Klee, jusqu’au poète Tahar Bekri, pour qui la terre natale demeure un territoire intime de mémoire et d’exil, Gabès s’est inscrite dans les mots comme un paysage à part, presque une promesse de paradis terrestre.
Mais aujourd’hui, ce jardin suffoque. Depuis l’installation du complexe chimique du Groupe chimique tunisien, en 1972, l’oasis fait face à une grave crise environnementale. Rejets industriels, pluies acides et pression sur les ressources en eau fragilisent les cultures, menacent la biodiversité et préoccupent les habitants quant aux conséquences sanitaires. La beauté du paysage se double ainsi d’une inquiétude : que reste-t-il d’un territoire lorsque les conditions mêmes de son équilibre sont compromises ? Et comment la littérature peut-elle rendre compte de cette lente altération du vivant, de ses traces dans les paysages comme dans les mémoires ?
C’est dans cette tension entre splendeur et vulnérabilité que le thème retenu pour cette cinquième édition, « Le roman vert : mutations du récit et enjeux environnementaux », acquiert toute sa portée. Plus qu’un objet de réflexion théorique, le roman écologique invite à repenser la place de la nature dans la fiction : non plus simple décor des aventures humaines, mais présence vivante, force agissante et révélateur des déséquilibres du monde.
Plus qu’un décor…
Durant trois jours, et à la bibliothèque régionale publique de Gabès, chercheurs, écrivains et universitaires exploreront les contours de cette écriture. Les échanges s’ouvriront autour de la notion de roman vert, de ses contours et de la place qu’occupe désormais la nature dans l’écriture romanesque.
Pour la 2ème journée, elle portera sur les rapports entre l’écologie et la construction identitaire, avant d’aborder, dans l’après-midi, les esthétiques de l’écriture verte, ses univers poétiques et ses choix narratifs.
La clôture de cette édition, le 25 octobre, sera avec une réflexion sur les « le roman vert et les enjeux du monde contemporain ». Autant de pistes que les invités de la Maison du roman qui organise cette célébration examineront tout au long de ces trois jours, pour comprendre comment la littérature traduit les inquiétudes de notre temps et renouvelle ses manières de raconter le monde. La manifestation est également une bonne occasion pour mettre en lumière le parcours écologiquement engagé de quelques plumes tunisiennes.
Trois jours qui, certes, nourriront la réflexion littéraire, mais qui trouveront à Gabès une résonance toute particulière. Ici, l’urgence écologique n’est pas une abstraction : elle touche une oasis, une mémoire collective, des paysages et des vies. Entre célébration du vivant et récit de sa fragilisation, le roman vert se confronte à une réalité tangible. Car écrire la nature, aujourd’hui, c’est aussi raconter ses blessures, interroger ce qui la menace et chercher, dans les mots, les voies possibles de sa préservation.
Imen A

