Par Imen Abderrahmani
Si le football fait vibrer les foules, il fait également naître des histoires sous la plume des écrivains. « Les Ligaments croisés », le dernier roman de Béchir Garbouj sera, aujourd’hui, au cœur d’une rencontre à Beït al-Hikma. Et à chacun son terrain !
Le football a-t-il sa place dans la littérature ? Peut-il devenir autre chose qu’un décor ou le récit d’une passion sportive, pour se transformer en matière romanesque à part entière ? C’est autour de ces questions que s’articulera la rencontre organisée, aujourd’hui, à partir de 10h00, par le Département des lettres de l’Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts « Beït al-Hikma », dans le cadre de son cycle consacré à la présentation d’ouvrages. Cette séance sera animée par Amina Ben Damir avec comme thème « De foot et de littérature : « Les Ligaments croisés » de Bachir Gharbouj. Le football peut-il entrer en littérature ? ».
Avec ce roman, Béchir Garbouj fait du football un véritable territoire d’exploration littéraire. Loin de se limiter aux performances sportives, aux exploits des joueurs ou aux rebondissements des matchs, le récit s’inscrit dans un univers traversé par les passions collectives, les rapports de force, les enjeux économiques et les destins individuels. Le récit, qui emprunte à la structure narrative du polar, s’articule autour de Malik, un footballeur hors pair et énigmatique dont Béchir Garbouj explore le parcours et les zones d’ombre.
Quand le ballon inspire les écrivains
La question posée par cette rencontre renvoie à une histoire littéraire déjà riche. Albert Camus, ancien gardien de but du Racing universitaire algérois, a souvent évoqué ce que le football lui avait appris sur les hommes. Sa célèbre déclaration « Tout ce que je sais de plus sûr à propos de la moralité et des obligations des hommes, c’est au football que je le dois » témoigne de la portée humaine qu’il accordait à ce sport.
Le romancier et essayiste français Henry de Montherlant, s’est également intéressé « Les Olympiques » aux valeurs sportives, à la discipline et au dépassement de soi.
Le mouvement s’observe aussi chez d’anciens joueurs devenus écrivains, qui choisissent de faire du football une toile de fond pour raconter des histoires humaines, familiales et sociales, plutôt que de se limiter au récit autobiographique.
L’Uruguayen Daniel Baldi, auteur de nombreux ouvrages destinés notamment à la jeunesse, a ainsi fait de cet univers un ressort narratif, avec « Mi Mundial » (Ma Coupe du monde), roman primé. L’ancien capitaine de la sélection nationale de la République démocratique du Congo, Youssouf Mulumbu, s’est lui aussi tourné vers l’écriture.
A chacun son terrain
Professeur honoraire à la Faculté des lettres de la Manouba, Béchir Garbouj est romancier de langue française et spécialiste de la traduction. Au fil d’une carrière de quatre décennies, il a enseigné la littérature française, exercé comme interprète de conférence et travaillé au cabinet du secrétaire général de la Ligue des États arabes en qualité de rédacteur et de traducteur.
Son roman « Passe d’intrus », publié chez Déméter en 2016, lui a valu le Prix Comar d’Or la même année.
Avec « Les Ligaments croisés », son sixième roman publié aussi chez Déméter, l’écrivain poursuit son exploration du monde contemporain en investissant un univers populaire dont les enjeux dépassent largement les limites du terrain. La rencontre de « Beït al-Hikma » permettra ainsi d’interroger la capacité du roman à s’emparer du football pour en révéler les contradictions, les émotions et les dimensions humaines. Car, lorsqu’il devient matière littéraire, le jeu ne se résume plus au score, il raconte aussi une société et ceux qui la font vibrer.
Imen. A.

