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À l’école, l’art doit sortir de la marge

Face aux conduites addictives qui inquiètent dans les établissements scolaires tunisiens, la prévention ne peut se limiter aux mises en garde et aux sanctions. La célébration, hier, de la Journée mondiale de la santé mentale rappelle l’urgence d’accorder à l’art une véritable place dans les programmes scolaires.

Peinture, théâtre, musique, écriture… les pratiques artistiques ne devraient pas être de simples parenthèses récréatives entre deux cours jugés plus sérieux. Elles participent à la construction de l’enfant, à son rapport aux autres et à sa capacité à exprimer ses émotions. Elles lui redonnent espoir, l’aident à trouver sa voie à cet âge charnière et l’éloignent des dangers qui le guettent, notamment dans la rue.

Prévenir les addictions, ce n’est pas seulement alerter sur les dangers des substances psychoactives, multiplier les séances ponctuelles de sensibilisation ou renforcer les patrouilles aux abords des établissements scolaires. C’est aussi agir en amont, en offrant aux jeunes des espaces d’expression, d’écoute et d’épanouissement qui les aident à mieux affronter leurs difficultés et à résister aux conduites à risque.

L’art-thérapie montre combien la création peut aider à mieux vivre ses émotions et à retrouver confiance en soi. Pourquoi ne pas donner davantage de place à l’art dans nos écoles ? Sans faire des cours d’art des séances de thérapie, des ateliers réguliers ou des clubs culturels de peinture, de musique, de théâtre ou d’écriture permettraient aux élèves de s’exprimer, de développer leurs talents, de partager avec les autres et de s’épanouir. Encore faut-il leur accorder le temps et l’importance nécessaires dans les programmes scolaires, au lieu de les laisser au second plan derrière les matières jugées prioritaires.

En Tunisie, plusieurs initiatives témoignent du rôle de la création dans des parcours de reconstruction. À Bouhjar, dans le gouvernorat de Monastir, l’artiste et médecin Abdelbaceṭ Touati accueille dans son atelier des personnes engagées dans un processus de rétablissement après une addiction. Dessin, écriture, sculpture, mosaïque et photographie leur offrent d’autres moyens d’explorer leur vécu et de renouer avec elles-mêmes. Des œuvres et des textes issus de cette démarche ont récemment été présentés à la Maison de la culture Ibn-Rachiq.

La musique révèle également ce lien entre art et santé mentale. Lors de l’ouverture des Journées musicales de Carthage, le joueur de ney Ahmed Litaiem a évoqué son père, atteint de la maladie d’Alzheimer. Alors que ses souvenirs s’effaçaient peu à peu, les mélodies de Mohamed Abdel Wahab continuaient de résonner en lui et de l’émouvoir.

Le théâtre n’est pas en reste. Plusieurs éditions des Journées théâtrales de Carthage (JTC) ont consacré des rencontres au théâtre- thérapie et à ses possibilités en matière d’expression de soi et de mieux-être.

Ces expériences diffèrent par leurs approches et leurs objectifs, mais rappellent que la création peut soutenir des parcours fragilisés et favoriser le lien social.

La Journée mondiale de la santé mentale doit aussi nous conduire à interroger nos choix éducatifs. Quelle place laissons-nous à la créativité dans le quotidien des élèves ? Quels espaces leur offrons-nous pour développer leur sensibilité, leur imagination et leur confiance ?

L’art ne fera pas disparaître, à lui seul, le fléau des drogues. Mais le traiter comme une activité secondaire revient à négliger une ressource précieuse. La prévention exige une approche globale associant éducation, écoute, accompagnement psychologique et dialogue avec les familles.

Faire une place à l’art à l’école, ce n’est pas détourner les élèves des apprentissages. C’est leur donner davantage de moyens pour se construire, trouver leur place et faire face aux difficultés. Un appel à la réflexion, mais surtout à l’action urgente.

Imen A

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