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Journées musicales de Carthage : la musique « troisième » voix du film

Invisible mais essentielle, la musique ne se contente pas d’accompagner les images. Elle les prolonge, leur donne une autre profondeur et participe à l’écriture même du récit. Aux JMC, Selim Arjoun a levé le voile sur le métier de compositeur pour l’image.

 Le compositeur de musique de film serait-il le « troisième auteur » d’une œuvre, après le scénariste et le réalisateur ? Pour Selim Arjoun, compositeur, pianiste et producteur musical, la réponse ne fait aucun doute. Invité lundi à la Cité de la culture de Tunis dans le cadre d’une rencontre professionnelle des Journées musicales de Carthage (JMC), il a présenté les coulisses d’un métier où la musique devient une véritable composante du récit.

Consacrée au « métier de compositeur de film », cette table ronde, organisée dans le cadre de la 11e édition des JMC, qui se poursuit jusqu’au 10 octobre, a réuni professionnels et techniciens du son autour des différentes étapes de la création musicale pour l’image.

Une musique qui raconte

Au cinéma comme à la télévision, la bande originale se construit dans un dialogue étroit avec le réalisateur. « Le produit d’une étroite collaboration entre le réalisateur et le compositeur », elle ne vient pas simplement souligner une scène ou en accentuer l’émotion. Elle contribue à façonner l’univers de l’œuvre, à donner une épaisseur aux personnages et à créer un lien particulier avec le spectateur.

Fort de plus de quarante expériences, entre films de fiction, documentaires et séries, Selim Arjoun a détaillé les différentes étapes de ce processus, depuis la première idée musicale jusqu’à son enregistrement et son intégration à l’œuvre. Chaque projet possède, selon lui, sa propre identité sonore, qui doit dialoguer avec le scénario et la vision du réalisateur, sans pour autant effacer la sensibilité et la signature du compositeur.

Du silence à la musique

Parmi ses collaborations, le musicien a évoqué son travail avec Lassâad Oueslati sur les deux saisons de Harga, en 2021 et 2022, ainsi que son expérience récente avec Mehdi Hmili pour la série El Matbaa, diffusée sur la Télévision nationale durant le Ramadan 2026.

Cette dernière expérience lui a notamment permis de revenir sur un choix artistique particulier : donner une place importante à la musique dans certaines scènes silencieuses. Loin de remplir le vide laissé par les dialogues, celle-ci devient alors un moyen d’entrer dans l’intériorité des personnages, « afin d’analyser leur psychologie ».

Le travail du compositeur varie également selon le format. Au cinéma, la musique intervient généralement sur un film déjà monté, alors qu’à la télévision, elle se construit au fil des épisodes, avec des délais et des contraintes différents. Dans les deux cas, la création repose sur une étroite coordination avec les autres métiers de la chaîne audiovisuelle.

Car la musique n’existe jamais seule. Ingénieurs du son et techniciens jouent un rôle déterminant dans sa restitution et sa mise en valeur. Entre écriture, interprétation, montage et travail sonore, la bande originale apparaît ainsi comme une œuvre collective, mais portée par une voix singulière.

Les rencontres professionnelles des JMC se poursuivent jusqu’à la fin du festival, avec des échanges consacrés notamment aux bouleversements introduits par l’intelligence artificielle dans la création musicale et aux défis auxquels sont confrontés les jeunes artistes. Autant de rendez-vous qui interrogent, au-delà des pratiques, l’avenir même de la création.

 

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