Paru en mars 2026 aux éditions Elyzad, « Né sur des pissenlits », premier roman de Jocelyn Danga vient de recevoir le Prix Senghor du premier roman francophone et francophile. La remise officielle du prix est prévue le 15 octobre à Paris.
Né à Kinshasa et installé aujourd’hui à Chambéry, Jocelyn Danga est d’abord dramaturge et poète. Son parcours compte déjà une dizaine de pièces de théâtre et de nouvelles. En 2023, il avait remporté la médaille d’or du concours Littérature-Nouvelles des Jeux de la Francophonie.
Sa pièce « Ne t’étonne pas si ma lettre sent le sel », consacrée à l’immigration, avait par ailleurs été présentée en lecture au Festival d’Avignon en 2024. Avec ce premier roman, l’auteur poursuit donc une exploration littéraire déjà engagée autour de l’exil et des trajectoires humaines.
Dans « Né sur des pissenlits », Muntu, professeur de philosophie à Kinshasa, découvre un matin un lycée désert. Autour de lui, le quotidien d’une ville traversée par les difficultés économiques, les frustrations et les stratégies de survie devient la matière même du récit. La capitale congolaise est décrite dans sa géographie, ses rues, ses odeurs et ses bruits, comme un personnage à part entière.
Lorsque Muntu perd son emploi, dans un contexte où se mêlent précarité, problèmes liés à l’alcool et dysfonctionnements du système éducatif, le projet d’un départ vers la France prend forme. Un voyage vers Metz, d’abord lié à un colloque universitaire, ouvre alors la seconde partie du roman et fait basculer le personnage dans une autre réalité.
Mais derrière le parcours individuel de Muntu se dessine une critique plus large. Le roman interroge notamment l’état du système éducatif congolais et les effets de la corruption sur la jeunesse. L’exil apparaît ainsi moins comme une aventure que comme le prolongement d’un sentiment d’impasse, entre désir d’ailleurs et confrontation aux désillusions.
Elyzad, une littérature sans frontières
Que ce roman soit distingué sous le label Elyzad n’est pas sans résonance avec l’histoire de cette maison d’édition née à Tunis en 2005 à l’initiative d’Élisabeth Daldoul. Dès ses débuts, la maison s’est donnée pour ambition de faire circuler les textes du Sud vers le Nord et de faire entendre des voix venues d’horizons littéraires encore peu représentés. Son catalogue s’est progressivement ouvert à des auteurs de Tunisie, du Liban, du Maroc, de Libye, du Togo ou encore de Palestine.
« Que sur toi se lamente le Tigre » d’Emilienne Malfatto a notamment reçu le Prix Goncourt du premier roman, tandis que « L’Amas ardent » de Yamen Manai a été récompensé par le Prix des Cinq Continents de la Francophonie. Le Prix Senghor vient ainsi inscrire « Né sur des pissenlits » dans une histoire éditoriale déjà marquée par la circulation des langues, des imaginaires et des territoires.
Créé en 2006, à l’occasion du centenaire de la naissance de Léopold Sédar Senghor, le prix distingue un premier roman d’expression française et entend encourager les nouvelles voix de l’espace francophone.

