Avec « Les Fugueuses », Wafa Taboubi met en scène six destins fragilisés par la précarité et l’exclusion. Présentée mardi 11 août au Festival international de Boukornine, la pièce transforme l’attente en un puissant miroir des fractures sociales.
Dans un espace énigmatique, semblable à une station suspendue hors du temps, cinq femmes et un homme attendent un événement qui ne vient pas. Peu à peu, cette attente se charge de tension et révèle les peurs, les désillusions et les blessures de personnages confrontés à un avenir incertain.
Fatma Ben Saïdane, Mounira Zakraoui, Lobna Noomane, Oumaima Bahri, Sabrine Omar et Mohamed Bouzid incarnent des personnages aux parcours différents, mais réunis par une même fragilité. Une agente d’entretien âgée, une enseignante vacataire, une diplômée en droit qui n’a pu devenir avocate, une couturière victime d’exploitation, une femme vivant de la collecte de bouteilles en plastique et un jeune homme poursuivi dans une affaire de pension alimentaire composent une galerie de destins marqués par l’instabilité et l’exclusion.
Durant près de 90 minutes, la mise en scène de Wafa Taboubi fait de l’espace, de la lumière et du mouvement des éléments essentiels de la dramaturgie. La scénographie symbolique traduit le malaise intérieur des personnages, tandis que les silences, les confrontations et les moments de tension rythment un spectacle qui aborde la pauvreté, la précarité professionnelle, l’exploitation et l’affaiblissement des liens humains.
La pièce, coproduite par le Théâtre National Tunisien et "Al Ostoura Production", avec le soutien du ministère des Affaires culturelles, s’inscrit dans un parcours déjà remarqué. « Les Fugueuses » a notamment été distinguée au Festival du théâtre arabe en 2026, après avoir participé aux Journées théâtrales de Carthage et au Festival national du théâtre tunisien en 2025.
Malgré la dureté des réalités évoquées, la pièce ne cède pas au désespoir. Dans son dénouement, les personnages entrevoient une issue fondée sur l’ouverture à l’autre et la solidarité. Une manière pour Wafa Taboubi de dépasser les seuls enjeux sociaux pour poser une question plus universelle : comment préserver l’humain lorsque la précarité, la violence et l’isolement gagnent du terrain ?« Les Fugueuses » fait ainsi de l’attente non pas une simple situation théâtrale, mais le point de départ d’une réflexion sur la dignité, la solidarité et la possibilité d’un avenir commun.

