« Le jardin des amants » de Moez Achouri a offert au Festival International de Hammamet une plongée mystique au cœur de la liberté, de la croyance et de la quête de sens. Une création chorale et épurée où le théâtre devient espace de questionnement et d’introspection.
Une édition de 32 soirées qui touche à sa fin et qui aura consacré quatre rendez-vous au théâtre tunisien et un seul à la danse. Moez Achouri a choisi d’ouvrir une fenêtre sur une thématique d’actualité : celle d’une spiritualité foisonnante, notamment dans sa dimension soufie, qui séduit de nombreux adeptes.
« Le jardin des amants », titre aussi intrigant qu’évocateur, est une pièce où les dialogues se font rares. Une multitude d’acteurs, de tous âges, investissent la scène dans un ballet collectif porté par le mouvement et la musique.
Dans une atmosphère profondément mystique, le texte interroge les notions de liberté, de pouvoir et cette recherche incessante de sens qui traverse l’existence humaine. La création se transforme ainsi en une quête collective et infinie.
Au cœur de cette quête, un personnage : Habib Ben Yazid, adepte de pratiques spirituelles poussées, qui dirige un groupe d’adhérents déterminés à explorer le soufisme sous ses différentes facettes. Des activités jugées suspectes attirent l’attention des autorités, méfiantes face à ce qui est désormais perçu comme un « groupuscule ». Une enquête s’ouvre alors, conduisant à la découverte d’un homme passionné par ce savoir et par un ouvrage intitulé « Le jardin des amants ».
Le combat d’une avocate farouche vient ajouter une nouvelle dimension à une intrigue déjà traversée par les rapports d’autorité, la liberté de croyance et les questionnements autour d’une citoyenneté mise à l’épreuve.
Quête spirituelle
On pourrait parler ici d’un véritable « théâtre spirituel », puisant dans les mouvements scéniques collectifs, le sentiment de communion, les chants et les tirades portées en chœur par les comédiens. Des procédés théâtraux peu conventionnels donnent naissance à un univers singulier, installé sur une scène minimaliste, presque dépouillée, mais magnifiée par les jeux de lumière, le mapping et une musique instrumentale aux fortes résonances spirituelles.
Lors d’une conférence de presse, Moez Achouri a souligné à quel point le théâtre de plein air de Hammamet pouvait offrir à la thématique de sa pièce un écrin particulier. Sa nature foisonnante et son architecture ouverte entre ciel, terre et mer donnent à la création une dimension spirituelle qui semble prolonger naturellement son propos.
Le metteur en scène a également rappelé sa passion pour le théâtre soufi et l’influence de Mahmoud Messadi sur son travail. Un théâtre nourri de références, de poésie et d’une grande richesse linguistique, principalement en langue arabe, qui place la quête de soi et la liberté d’expression au cœur de son univers.
« Le jardin des amants » n’a cessé d’évoluer depuis ses premières représentations. La pièce a notamment décroché le prix de la meilleure mise en scène au Festival de théâtre arabe expérimental du Caire, lors de sa 32ᵉ édition, confirmant la singularité d’une création qui continue de se construire et de s’affirmer.

