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Festivals d’été - «Notre quartier est artiste» : Le cirque au coin de la rue, la culture au cœur du quartier

Par Imen ABDERRAHMANI

Le célèbre cirque Paparouni a transformé, avant-hier soir, un carrefour d’El Omrane en une immense piste à ciel ouvert. Une parenthèse de poésie et de prouesses qui incarne l’esprit du festival « Notre quartier est artiste ».

Avant-hier soir, il suffisait de suivre les éclats de rire des enfants et les applaudissements des familles pour trouver le cœur battant d’El Omrane. Au croisement des rues, entre les maisons et à quelques mètres de l’espace culturel « Mass’art », là où l’on ne s’attend habituellement qu’au passage des voitures et des passants, le célèbre cirque Paparouni a dressé sa scène à ciel ouvert, offrant l’un des moments les plus attendus de la 12ème édition du festival « Notre quartier est artiste ».

Dans une ambiance joyeuse, devant des spectateurs de tous âges, la troupe a déroulé quelques-uns des numéros emblématiques de son répertoire tout en laissant une place de choix à de jeunes circassiens, illustrant cette volonté constante de transmettre un savoir-faire et d’accompagner les talents émergents.

Le spectacle a donné à voir toute la richesse du cirque contemporain. Acrobaties aériennes, équilibres vertigineux, sauts audacieux, chorégraphies rythmées et performances physiques se sont succédé avec une remarquable fluidité. La scénographie, enrichie par un travail précis sur les lumières et une création musicale immersive, a amplifié l’intensité des numéros. Les arts visuels et les technologies scéniques accompagnaient les mouvements des artistes, composant un univers où virtuosité technique et émotion ne faisaient qu’un. Emerveillé, le public a durant pendant près d’une heure et demie suivi avec beaucoup d’attention ces jeunes artistes. Il y avait de la joie dans l’air.

De l’art au cœur du quotidien

Cette soirée illustre parfaitement l’ADN de « Notre quartier est artiste », un festival qui, depuis plus qu’une décennie, fait le pari d’installer la création artistique au cœur de l’espace public, transformant les rues en des lieux de spectacle où les frontières entre artistes et public s’effacent. Ici, nul besoin de franchir les portes d’un théâtre : c’est la culture qui vient à la rencontre des habitants.

Concerts, théâtre, cirque, arts urbains et performances rythment ainsi une programmation pensée pour tous les publics. Le choix de l’espace public n’a rien d’anodin : en investissant les places et les carrefours, le festival redonne à la rue sa vocation première, celle d’un lieu de rencontre, d’échange et de convivialité, où la création artistique s’invite naturellement dans le quotidien des habitants.

Cette édition a une nouvelle fois illustré cette ambition à travers une programmation aussi éclectique qu’exigeante. Le musicien Nidhal Yahyaoui y a dévoilé des fragments de sa nouvelle création, poursuivant son exploration sensible de la mémoire musicale des montagnes tunisiennes. Le public a également pu assister à un concert de rap, à une soirée consacrée aux chansons des dessins animés qui ont bercé plusieurs générations, à un concert de stambali, ainsi qu’à une présentation, en cours de création, de « Chanti 3 », une production de « Mass’Art » proposant une lecture contemporaine de « Mourad III » de Habib Boularès.

Le festival s’est ouvert aussi aux sonorités de la musique engagée avec le concert de l’artiste libanais Khaled El Haber, accompagné de la troupe « Ouyoun El Kalam » (prévu ce soir), confirmant la volonté des organisateurs de faire dialoguer les esthétiques, les générations et les horizons artistiques.

A chacun ses convictions

À l’origine de cette aventure se trouve « Mass’Art », un espace culturel alternatif fondé en octobre 2010 à Tunis et orchestré par l’homme de théâtre Salah Hamouda. Derrière ce nom, qui évoque à la fois le « parcours » et l’« art », se dessine une démarche de proximité menée avec constance. Malgré des moyens modestes, cette structure indépendante a multiplié les projets artistiques et culturels, en s’appuyant sur un réseau fidèle d’étudiants, de bénévoles et d’habitants profondément attachés à leur quartier.

Au fil des années, « Mass’Art » est devenu bien davantage qu’un espace culturel. Il s’est imposé comme un véritable point d’ancrage pour la jeunesse locale, un lieu où l’on peut découvrir, apprendre, créer et s’exprimer. Dans un quartier populaire où les occasions d’accéder à une offre culturelle demeurent limitées, cette présence constitue une alternative précieuse. Et c’est également la force de « Notre quartier est artiste » qui en proposant gratuitement des spectacles de qualité dans l’espace public, le festival contribue à démocratiser l’accès à la culture, en abolissant les barrières économiques, sociales et symboliques qui tiennent encore une partie du public éloignée des lieux de création.

Plus qu’une programmation estivale, il défend une certaine idée de la culture : une culture vivante, partagée et accessible, capable de retisser le lien social et de faire des rues d’un quartier populaire un espace où l’imaginaire, le talent et la rencontre reprennent pleinement leurs droits.

I.A.

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