Mise en scène par Nizar Saïdi sur un texte d'Abdelhalim Messaoudi, « Jacaranda : Call Center Tragedy » tisse les trajectoires de plusieurs êtres que les fractures d'une réalité collective conduisent peu à peu vers l'étouffement. Présentée au théâtre de plein air de Hammamet, cette création du Jeune Théâtre Tunisien (TNT) constituait le deuxième rendez-vous théâtral inscrit à la programmation de cette 60e édition du Festival international de Hammamet, à quelques jours de sa clôture.
Derrière son titre énigmatique, à la fois poétique et funeste, la pièce donne corps à sept personnages aux parcours cabossés. Hommes et femmes désabusés, privés de repères et d'horizon, ils évoluent dans un espace oppressant où le temps semble suspendu. Au fil de l'intrigue, cet univers se referme sur eux comme un étau, jusqu'à rendre toute échappatoire illusoire.
Épuisés, vidés de leurs rêves et de leurs illusions, ces protagonistes incarnent les désillusions d'une génération confrontée à la précarité, au désenchantement et à l'absence de perspectives. Entre un passé morcelé qui les poursuit et un présent instable qui les engloutit, ils tentent encore d'entrevoir un avenir qui ne cesse de leur échapper.
Au cœur de cette tragédie se dresse un huitième personnage, invisible mais omniprésent : le centre d'appel lui-même. Bien plus qu'un simple décor, il devient une entité dramatique, une machine implacable qui absorbe les individus, accélère leur désintégration intérieure et les enferme dans une mécanique déshumanisante. Ce lieu de travail nourrit les tensions, exacerbe les rancœurs et dissout progressivement les liens affectifs, amicaux comme professionnels.
Durant près de deux heures, la mise en scène installe une atmosphère sombre et suffocante où la lumière, les couleurs et la scénographie participent pleinement à la montée de la tension dramatique. À travers cette fable contemporaine, Nizar Saïdi et Abdelhalim Messaoudi livrent une métaphore d'une Tunisie post-2011 traversée par des crises successives, où les bouleversements collectifs finissent par fissurer les existences individuelles.
La distribution réunit une nouvelle génération de comédiens du Jeune Théâtre Tunisien : Hammouda Ben Hassine, Assala Khouass, Anis Kammoun, Thaweb Idoudi, Helmi Khelifi, Mohamed Arafet Guizani et Hasnaa Ghannem. Tous défendent avec intensité une écriture exigeante qui mêle réalisme, symbolisme et tension psychologique.
Cette nouvelle collaboration entre Nizar Saïdi et Abdelhalim Messaoudi, après « Dark Side », multiplie les niveaux de lecture. La dramaturgie convoque aussi bien des références au théâtre universel qu'à l'héritage de la civilisation carthaginoise. Elle puise également dans le patrimoine populaire et l'imaginaire collectif tunisien, dont les symboles irriguent la mise en scène et enrichissent le propos, donnant à cette tragédie contemporaine une portée à la fois locale et universelle.

