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Festival international de Boukornine : Une traversée musicale entre le désert touareg et le Diwan d’Oran

Avant les envolées du Diwan, c’est un autre visage de l’Algérie musicale qui s’est invité sur la scène du Festival international de Boukornine. Deux formations, deux esthétiques, mais une même démarche : puiser dans les héritages musicaux pour les inscrire dans le présent. En ouverture, le blues saharien d’« Issinara » a transporté le public au cœur des immensités du désert, avant de céder la place aux rythmes hypnotiques et à la ferveur du Diwan de « Sultan Gnawa ».

« Issinara » a ainsi donné le coup d’envoi de cette traversée musicale. Originaire du Sahara algérien, le groupe revisite les traditions touarègues à travers un blues du désert nourri d'influences contemporaines. Guitares électriques, basse, percussions et chants en tamasheq se sont entremêlés pour créer un paysage sonore à la fois contemplatif et vibrant, où résonnent les grands espaces sahariens, la vie nomade, la résistance culturelle et l'attachement à l'identité amazighe.

Portée par El Hacène Aneslem au chant et à la guitare, entouré d'Abdelkader Idaber à la basse, Moussa Melloul à la guitare d'accompagnement, Farès Hamidou aux percussions et Khaoula Khotti aux chœurs, la formation a livré une prestation authentique, profondément enracinée dans son territoire tout en restant ouverte aux influences du monde. Des titres comme « Ali Iaghi Idarelnanam », « Tisnat N’aytmma », « Timcharre » ou encore « Amachahou » ont progressivement enveloppé le Théâtre de Boukornine d'une atmosphère empreinte de poésie et d'évasion.

La seconde partie de la soirée a marqué un changement de registre, sans rompre le fil conducteur du voyage. Avec Sultan Gnawa, c'est l'univers du Diwan algérien qui s'est imposé. Originaire d'Oran, l'artiste s'attache à faire vivre cet héritage musical en le confrontant aux sonorités actuelles, mêlant instruments traditionnels, musiques du monde et arrangements contemporains. Une démarche qui vise autant à préserver ce patrimoine qu'à lui offrir une nouvelle visibilité, bien au-delà de ses frontières d'origine.

Dès les premières notes de « Wast Dlam », le guembri, les claviers et la guitare ont installé une ambiance propice à la transe. Au fil des morceaux :  « Barkiyo », « Sbhano La Ymout », « Sodan Ya Yma », « Mousawi », « Youmala », « Salato 3la Nbi », « Ghomari » et « Hamouda », l'intensité n'a cessé de monter, portée par des rythmes de plus en plus envoûtants. Le concert s'est achevé sur « Sidi Mansour » et « Wed Choli », dans une explosion d'énergie où le public s'est pleinement laissé entraîner.

Au fil de la soirée, la réserve des premiers instants a rapidement laissé place à une adhésion spontanée. Les applaudissements nourris, les mains frappant le rythme des percussions et les spectateurs se levant progressivement ont traduit la force fédératrice de ces musiques. Pour beaucoup, il s'agissait d'une première rencontre avec le blues touareg ou le Diwan. Une découverte qui a démontré que ces répertoires, bien qu'ancrés dans des traditions séculaires, conservent une remarquable capacité à toucher un public contemporain.

À travers cette escale algérienne, le Festival international de Boukornine réaffirme son rôle de passerelle entre les cultures du Maghreb et les musiques du monde. Du souffle du désert aux rythmes initiatiques du Diwan, cette soirée a rappelé qu'un patrimoine vivant ne se contente pas de préserver la mémoire : il la réinvente, la partage et continue de faire dialoguer les générations comme les territoires.

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