Pour son ultime concert en tant que chef d'orchestre, Gian Piero Reverberi a offert au public du Festival international de Carthage une traversée musicale où l'élégance vénitienne a rencontré la majesté du théâtre antique.
Le temps d'une soirée, le Théâtre antique de Carthage s'est métamorphosé en palais vénitien. Avant-hier, le mardi 4 août, l'orchestre italien Rondò Veneziano a transporté les spectateurs dans un univers où la musique baroque dialogue avec des sonorités contemporaines, fidèle à la signature qui a fait sa renommée depuis sa création en 1979.
Fondé par le compositeur et chef d'orchestre Gian Piero Reverberi, l'ensemble s'est imposé sur la scène internationale grâce à une formule singulière : des compositions originales inspirées des maîtres vénitiens, portées par une orchestration moderne et une esthétique directement empruntée au XVIIIᵉ siècle.
Dès leur entrée en scène, les musiciens ont captivé le public. Les longues robes d'époque, les perruques poudrées des instrumentistes et l'élégance de la scénographie ont recréé l'atmosphère de la Venise baroque. Sur l'écran géant défilaient canaux, palais et carnavals, prolongeant ce voyage visuel au cœur de la Sérénissime.
Le souffle baroque
Le concert s'est ouvert avec "Stazione di Venezia", avant d'enchaîner avec "Magico Incontro", "Danza Mediterranea", "San Marco" et "Perle d'Oriente", interprétée par Gian Piero Reverberi lui-même au piano. Pendant près de deux heures, les cordes, les percussions et le piano ont tissé une fresque sonore où la délicatesse des mélodies côtoyait l'énergie des rythmes contemporains.
L'amphithéâtre n'affichait pas complet, mais les mélomanes présents ont offert à l'orchestre une écoute d'une rare qualité. Ici, peu d'effusions : le silence accompagnait les partitions, avant de laisser place à des salves d'applaudissements nourries à la fin de chaque œuvre. Ce n'est qu'au moment du rappel que la distance s'est effacée. Se retournant vers les gradins, le Maestro a invité le public à partager les derniers instants du concert dans une communion aussi spontanée qu'émouvante.
Cette représentation revêtait une portée particulière : elle marquait les adieux de Gian Piero Reverberi à la direction de son orchestre. À l'issue du spectacle, le musicien a confirmé qu'il passerait désormais le relais au pianiste de l'ensemble. « Je suis un peu trop vieux pour faire ce métier maintenant », a-t-il lancé avec humour.
De l'émotion avant tout...
Lors de la conférence de presse, le compositeur est revenu sur la naissance de Rondò Veneziano. À la fin des années 1970, alors que le disco et la musique électronique dominaient les scènes, il souhaitait proposer une autre voie. Son ambition était de réconcilier les instruments acoustiques avec une écriture accessible au grand public, sans renoncer à l'exigence musicale.
Fidèle à cette philosophie, le Maestro a également revendiqué son attachement à une musique affranchie des logiques numériques. « Je n'utilise pas les réseaux sociaux. La musique est quelque chose de profondément personnel. Elle ne dépend pas des "likes", mais de l'émotion », a-t-il confié.
Invité pour la première fois à se produire à Carthage, Gian Piero Reverberi n'a pas caché son émotion devant la beauté du lieu. Il a expliqué avoir accepté ce concert précisément pour fouler la scène de ce monument chargé d'histoire, qu'il considère comme l'un des plus prestigieux du bassin méditerranéen.
En refermant ce chapitre de près d'un demi-siècle de carrière, le fondateur de Rondò Veneziano laisse un héritage singulier : celui d'une musique qui a su faire dialoguer le baroque et la modernité sans jamais sacrifier l'émotion. À Carthage, cette dernière révérence avait la grâce des grands moments.

