Trois artistes, trois pays, un même héritage : le Festival international de Boukornine a offert une traversée musicale où la Tunisie, l'Algérie et la Libye ont célébré, ensemble, l'âme du malouf.
Sous les étoiles du Théâtre de plein air de Hammam-Lif, "Le Chemin du Malouf" a réuni le Tunisien Sofiane Zaïdi, l'Algérien Abbès Righi et le Libyen Radhouane Chabek autour d'un patrimoine qui défie le temps. Plus qu'un concert, le spectacle a dessiné une géographie sensible du Maghreb, où les frontières s'effacent au profit d'une mémoire musicale commune.
Le voyage s'est ouvert avec l'école tunisienne. Sofiane Zaïdi, artiste et chercheur passionné par le patrimoine musical, a déroulé les nuances du malouf tunisien à travers une sélection de noubas et de pièces emblématiques. Sa voix, précise et habitée, a redonné souffle à un répertoire où chaque note semble porter l'écho d'un autre siècle.
Le relais est ensuite revenu à Abbès Righi, ambassadeur du malouf constantinois. Son interprétation, tout en maîtrise et en intensité, a révélé la richesse des modes algériens et la finesse de leurs architectures mélodiques. Entre puissance vocale et délicatesse des ornementations, le chant s'est imposé comme un art de la transmission.
Avec Radhouane Chabek, la soirée a pris une dimension plus contemplative. Porté par les accents soufis du malouf libyen, son chant a installé une atmosphère de recueillement, où la douceur des mélodies dialoguait avec une profonde spiritualité.
Au fil des tableaux, les différences de styles n'ont jamais rompu le fil invisible qui relie ces trois traditions. Elles en ont, au contraire, révélé la complémentarité. D'une rive à l'autre du Maghreb, le malouf s'est dévoilé dans toute sa diversité, sans jamais renier ses racines andalouses.
À travers ce projet, Sofiane Zaïdi poursuit un travail de sauvegarde et de transmission d'un patrimoine vivant. "Le Chemin du Malouf" rappelle que cette musique n'appartient pas seulement aux archives : elle continue d'émouvoir, de rassembler et de dialoguer avec son époque.
En inscrivant cette création à sa programmation, le Festival international de Boukornine réaffirme son engagement en faveur du patrimoine et des œuvres qui le réinventent avec fidélité. Cette soirée n'a pas seulement célébré le malouf ; elle a rappelé qu'une mélodie peut traverser les siècles, franchir les frontières et continuer, inlassablement, à réunir les hommes.

