Quand Salif Keïta chante, les frontières s'effacent. À Hammamet, sa voix a réuni les peuples, les mémoires et les générations dans un concert où l'Afrique s'est racontée avec force et élégance.
Certaines soirées dépassent le simple cadre du spectacle pour devenir des instants de mémoire. Celle du 31 juillet 2026 en est une. En accueillant Salif Keïta sur la scène du Festival International de Hammamet, le théâtre de plein air a renoué avec l'une de ses plus belles vocations : être un lieu de dialogue entre les cultures et une passerelle ouverte sur les musiques du monde.
La date n'avait rien d'anodin. Le 31 juillet marque également l'anniversaire de la création de ce théâtre mythique qui, depuis six décennies, fait de l'éclectisme artistique sa signature. Une heureuse coïncidence pour cette 60ème édition, placée sous le slogan « Endless Memories », qui a trouvé, dans la voix du chanteur malien, une résonance toute particulière.
Le temps d'une soirée, l'Afrique s'est racontée en musique. Une Afrique généreuse, vivante, multiple, où les rythmes deviennent un langage commun et où chaque chanson rappelle que les peuples partagent bien plus que des frontières.
Face à un théâtre comble, près de deux heures de musique se sont succédé sans jamais rompre le lien avec un public venu autant écouter qu'éprouver. Parmi les invités figuraient la ministre des Affaires culturelles, Amina Srarfi, la gouverneure de Nabeul, Hana Chouchani, l'ambassadeur du Mali, Moussa Soro Sy, l'ambassadeur du Sénégal, Moustapha Sow, ainsi que l'ambassadeur du Burkina Faso, Apollinaire Sawadogo.
"Vive la Tunisie ! Vive l'Afrique!"
L'ouverture donne immédiatement le ton. Une voix s'élève dans la pénombre, presque comme une invocation. Peu à peu, les musiciens prennent place. Deux guitares électriques, une basse, des percussions et plusieurs instruments traditionnels maliens tissent une matière sonore dense et chaleureuse. Deux choristes, remarquables de justesse et d'énergie, viennent enrichir cet ensemble où tradition et modernité dialoguent naturellement.
Puis apparaît Salif Keïta.
Sans effet spectaculaire, presque en silence. Drapé d'un boubou rouge flamboyant, coiffé d'un chapeau blanc, il rejoint son micro sous les applaudissements d'un public déjà conquis. Quelques pas suffisent pour imposer une présence. Chez lui, le charisme ne tient ni au geste ni à l'exubérance, mais à cette voix immédiatement reconnaissable, profonde, lumineuse, capable de suspendre le temps dès les premières notes.
Le concert s'ouvre avec « Mama ». Dès les premiers applaudissements, l'artiste interrompt un instant le fil musical pour adresser un hommage appuyé à la Tunisie. Il rappelle avoir reçu, il y a plusieurs années, l'Ordre national du Mérite, distinction qu'il évoque avec émotion, avant de déclarer : « Vive la Tunisie ! Vive l'Afrique ! » Une déclaration accueillie par une longue ovation.
Avec son humour habituel, Salif Keïta explique ensuite qu'il chantera une grande partie du concert assis, conformément aux recommandations de ses médecins. L'autodérision fait sourire la salle. La suite démontrera que l'essentiel est ailleurs. Sa voix suffit à remplir tout l'espace.
Les classiques s'enchaînent avec une évidence presque désarmante : « Dery », « Yamoré », « Tonton », « Papa », « Tekeré »... Autant de titres qui traversent les générations et rappellent pourquoi Salif Keïta demeure l'une des figures majeures de la musique africaine contemporaine.
Mais, voila avec les premières notes de « Madan », le public est invité à rejoindre les artistes sur scène. En quelques instants, les marches du théâtre se remplissent. Les générations se mêlent, les langues s'oublient, les corps suivent le même rythme. Musiciens, chanteurs et spectateurs ne forment plus qu'une seule communauté portée par la musique.
Sous les applaudissements, les tambours et les dernières envolées des instruments traditionnels africains, le rideau tombe sur une soirée fidèle à l'histoire du Festival International de Hammamet.
Imen.A.

