Trois ans après son dernier passage sur la scène de Carthage, Yosra Mahnouch a retrouvé un amphithéâtre comble pour une soirée où le tarab, les grands classiques arabes et le patrimoine tunisien se sont donné rendez-vous dans une même célébration.
Dans ce lieu chargé d’histoire, l’artiste est apparue entourée de l’orchestre dirigé par le maestro Abdelbasset Belgaied. Dès les premières notes de « Ghannou Maana », suivies de « Bafakkar Fik » puis « Mayhana », elle a installé une atmosphère où l'émotion et le tarab se sont imposés comme les fils conducteurs de la soirée.
Dotée d’une voix ample et maîtrisée, Yosra Mahnouch a une nouvelle fois démontré sa capacité à naviguer entre son propre répertoire et les grandes pages de la chanson arabe. Les classiques d’Oum Kalthoum, « Kan Lak Maaya » et « Hob Eh », ont constitué l'un des temps forts du concert. Sans chercher à imiter la Dame du chant arabe, elle en a proposé une lecture personnelle, fidèle à l’esprit des œuvres tout en y imprimant sa propre sensibilité. Les longues ovations du public ont témoigné de la réception enthousiaste de ces interprétations.
La chanteuse a ensuite poursuivi son voyage musical avec « Hawalaya Nas » et « Ebtaed Anni », avant de surprendre l'assistance en s'aventurant vers un registre international avec le célèbre standard « At Last ». Accompagnée d'une formation réduite, où le piano, la guitare et la batterie occupaient le devant de la scène, elle a livré une interprétation tout en retenue, révélant une autre facette de son univers artistique.
Le concert a progressivement gagné en intensité avec un enchaînement de morceaux emblématiques, dont « Zay El Hawa » et « Ay Damaat Hozn La », qui ont confirmé la solidité de son registre vocal. Entre puissance et délicatesse, Yosra Mahnouch a su restituer toute la profondeur émotionnelle de ces œuvres, entretenant un dialogue constant avec un public entièrement acquis à sa cause.
Public enchanté
Au fil de la soirée, l’atmosphère est devenue plus festive. Les chansons « Iskot Bas », « Ya Rouhi », « Khadija » et « Ahit Ya Kalbi » ont suscité une participation croissante du public, qui accompagnait la chanteuse en reprenant les refrains et en ponctuant chaque interprétation d'applaudissements nourris.
Le dernier tableau du spectacle a été consacré au patrimoine musical tunisien, auquel Yosra Mahnouch demeure profondément attachée. Dans une succession de pièces puisées dans la mémoire collective, elle a rendu hommage à un héritage toujours vivant avec « Ya Chadli », « Ya Fares Baghdad », « Rakeb Al Hamra », « Rais El Abhar », « Ana Bahri », « Baba Cherif Alaji » et « Ah Ya Baba Ya Baba ».
La soirée s'est achevée sur « Ya Lella, Nouba Benzartiya », reprise avec ferveur par un amphithéâtre entièrement debout. Dans cette communion entre l’artiste et son public, le Festival international de Carthage a retrouvé l’une de ces soirées où la musique dépasse la simple performance pour devenir un moment de mémoire, de partage et d'émotion.
Par la richesse de son programme, la justesse de son interprétation et la complicité qu'elle entretient avec son public, Yosra Mahnouch a confirmé, une nouvelle fois, sa place parmi les voix les plus marquantes de la scène tunisienne contemporaine, offrant à cette 60ème édition du Festival de Carthage une soirée de tarab à la hauteur des attentes.

