Invité d'honneur de la 7ème édition du Festival du film d'Amman, le cinéma tunisien s'est imposé dès la soirée d'ouverture avec Sophia, le nouveau long-métrage de Dhafer L'Abidine. L'acteur-réalisateur y défend un cinéma arabe raconté par ses propres voix.
La septième édition du Festival du film d'Amman – Awal Film s'est ouverte dimanche soir au Centre culturel Al-Hussein dans une atmosphère à la fois solennelle et engagée. Marquée par un hommage à l'acteur palestinien Mohammad Bakri, disparu en 2025, la cérémonie a également célébré le cinéma tunisien, invité d'honneur de cette édition, à travers la projection de Sophia, écrit, réalisé, produit et interprété par Dhafer L'Abidine.
Présent à Amman pour accompagner son film, le cinéaste tunisien s'est dit « fier » d'ouvrir le festival. « C'est un honneur, mais aussi une responsabilité de représenter le cinéma tunisien », a-t-il confié à L'Orient-Le Jour.
À travers Sophia, Dhafer L'Abidine signe une coproduction tuniso-britannique qui emprunte les codes du thriller pour explorer des thèmes universels : les fractures identitaires, le racisme, les préjugés et les différences culturelles. Le film raconte l'histoire d'Emily, une Britannique qui se rend en Tunisie pour retrouver sa fille Sophia. Lorsque cette dernière disparaît mystérieusement, le voyage se transforme en une enquête où secrets de famille et tensions culturelles se mêlent.
« Sophia n'est ni un film d'auteur classique ni un film commercial. J'ai voulu raconter une histoire profondément humaine capable de toucher aussi bien le public arabe qu'international », explique le réalisateur.
Pour le cinéaste, l'enjeu dépasse largement le destin de Sophia. Il plaide pour une plus grande visibilité du cinéma arabe sur la scène internationale et estime que les créateurs de la région doivent reprendre possession de leurs récits.
« Nous avons des histoires universelles à raconter. Mon ambition est de porter un cinéma sincère, exigeant et profondément ancré dans notre réalité », affirme-t-il.
Il insiste également sur la nécessité de renforcer les échanges entre les cinémas arabes. Saluant l'hommage rendu cette année au cinéma tunisien, il rappelle que le Festival de Carthage avait célébré le cinéma jordanien il y a deux ans.
« Nous partageons les mêmes défis : le financement, la production et surtout la diffusion de nos films. Il est essentiel que le public arabe puisse découvrir ses propres histoires avant qu'elles ne voyagent à l'étranger. »
Le réalisateur souligne que "Sophia" s'inscrit dans cette démarche. Malgré un contexte régional marqué par les conflits, il a choisi d'aborder des problématiques qui traversent les sociétés au-delà des frontières et de l'actualité immédiate.
Connu pour sa carrière d'acteur en Tunisie et à l'international, Dhafer L'Abidine poursuit désormais son parcours derrière la caméra avec la même ambition. Après l'accueil réservé à Sophia, notamment au Festival international du film de Santa Barbara, il prépare déjà deux nouveaux longs-métrages, qu'il annonce très différents de ses précédentes réalisations.
Avant la projection, la cérémonie d'ouverture a rendu un hommage particulièrement émouvant à Mohammad Bakri. Un film retraçant la carrière de cette figure majeure du cinéma palestinien a été suivi des témoignages de ses enfants, qui ont salué l'engagement artistique et politique de leur père. La présidente du festival, la princesse Rym Ali, a par ailleurs rappelé le thème de cette édition, « Beyond the Frame » (« Au-delà du cadre »), invitant les cinéastes arabes à reprendre possession de leurs récits et de leur mémoire.

